OPINION: Trop de musique ?

Un récent (25/05/23) article du site MusicBusiness citait un chiffre hallucinant: il y a plus de 120 000 nouveaux morceaux à être uploadés sur spotify chaque jour. N’est-ce pas trop ? Certes, comme l’article le souligne, une partie non négligeable de ce contenu se compose de bruits blancs (white noise) ou de bruits de la nature (pluie etc.). N’empêche, qui va écouter/trier tout ce contenu ? Quelques réflexions en vrac sur les raisons et les solutions à cette question !

Poptimisme et relativisme

Il y a presque trois ans j’écrivais un article sur le poptimisme sur Section 26. Pour moi le poptimisme participe à une idée plus générale: une forme de relativisme total sur les arts (musique, cinéma, artisanat, peinture, écriture…). Aujourd’hui il est devenu difficile de critiquer la production artistique d’une personne qui pourtant l’expose aux regards des autres. La bienveillance est la valeur cardinale de nos sociétés occidentales, pourtant elle y est très dévoyée. Toute critique, y compris constructive et sincère, est perçue comme une attaque personnelle. Beaucoup trop de gens ne distinguent ainsi plus leurs productions de leur personne: ce sont pourtant deux choses différentes ! Dire que certains objets artistiques sont plus aboutis et ambitieux que d’autres ne devrait pas être tabou ou perçu comme classiste, snob et autres formes (pas si) subtiles de censure.

Tout le monde ne peut pas être artiste

J’en parlais récemment à propos de Whiplash (2014): l’art nécessite pour moi deux qualités. Il faut du travail et une étincelle. Le mythe du travail acharné, jusqu’à la perfection, n’aboutit qu’à la désolation. Ce travail doit accompagner une étincelle. Appelez cela comme vous le voulez: sensibilité, génie, talent… Un don se cultive pour s’épanouir. L’un ne va pas sans l’autre. De fait tout le monde ne peut pas être artiste. D’une part cela nécessiterait que tout le monde ait quelque chose de profond et intéressant à exprimer (et arrive à l’identifier) et d’autre part de s’investir pour perfectionner ce talent. Il me semble que ce discours est aujourd’hui quasiment inaudible.

Si tout le monde est artiste: personne ne l’est

La position d’artiste enflamme les coeurs. Tout le monde veut l’être mais presque personne n’est réellement prêt à fournir les efforts et sacrifices pour le devenir. Il faut aussi accepter que les autres ne soient pas touchés parce que ce nous faisons. De nos jours, les gens préfèrent éviter le conflit et se contenteront d’être hypocrites ou de ne rien dire. En musique: le cas est d’ailleurs entendu. Les chroniques musicales négatives ont presque disparues. Personne n’aime en faire: cela nécessite plus de travail, de mesure et pondération qu’une critique positive. Si les gens n’aiment pas un disque, ils l’ignorent et ne prennent pas la peine d’en parler. En 2021, Gonzai s’en alarmait d’ailleurs (Peut-on encore dire du mal des disques en 2021?). Je comprends le manque d’envie d’aller à la confrontation mais ça a ses revers… La critique argumentée et tempérée permet d’avoir des retours sur sa pratique et ainsi de l’améliorer. Par ailleurs, ne pas avoir de retours négatifs peut aussi entretenir des illusions.

De la nécessité d’avoir des intermédiaires pour filtrer le trop plein

Cette profusion et cette absence d’organisation conduisent inévitablement aux besoins d’avoir des intermédiaires. Il nous faut des gens pour trier cette masse d’information et nous aider à découvrir ce qui mérite de l’être (ou du moins susceptible de nous plaire). Je pense que le journalisme culturel et les labels ont des cartes à jouer mais avec quel modèle économique ? La presse musicale est en sursis, à la merci d’augmentation du prix du papier ou à la recherche de moyens de monétiser ce qu’elle apporte… Les labels se prennent aussi dans la gueule l’inflation des prix des pressages et souvent l’absence d’intérêt de la presse musicale pour leur travail de curation quand ils ne sont pas très connus.

Bref n’hésitez pas à aller lire les collègues et leur donner de la force:

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