LIVRE: « On ne dit pas Tu écoutes de la merde » de Gilles Suchey (BPM, 2025)

Après être tombé sur un reel instagram de France Inter (ou était-ce Radio Nova ? même combat !) qui évoquait On Ne Dit Pas Tu écoutes de la Merde de Gilles Suchey, ma curiosité a été piqué. J’ai même envisagé d’éventuellement m’aventurer dans une librairie pour le trouver, mais l’essai est finalement venu à moi de la manière la plus logique: le disquaire, ce lieu essentiel aux fétichistes (si l’on en croit Gilles Suchey).

L’ouvrage est publié par une jeune maison d’édition: Battements Par Minute. Comme le suggère son nom, la direction est très orientée autour de la musique avec des livres autour du hip hop du swing ou du punk ! Ce genre d’initiative est excellente. Il y a vraiment de la place pour ce type de contenu en France, quelque part entre Allia, Audimat ou Le Mot et le Reste. L’auteur, Gilles Suchey est ancien animateur de radio associative, ex libraire et auteur de nombreux articles. En faisant mes recherches, je n’ai pas trouvé de contenu en rapport avec la musique mais la présence sur un site de bandes dessinés.

En regardant les retours sur le livre, j’ai l’impression que les gens n’ont pas lu On ne dit pas Tu écoutes de la Merde jusqu’au bout. Il est souvent question d’une analyse autour de la distinction des goûts, à la manière de Veblen ou Bourdieu. Le passage sur la théorie de l’omnivorisme ne représente au fond que quelques pages sur l’ensemble du livre. Le projet d’On ne dit pas Tu écoutes de la Merde semble tout autre. En mobilisant des auteurs comme Marx, Adorno ou l’inévitable Walter Benjamin, Gilles Suchey entreprend de broyer l’ensemble de la musique telle qu’on la conçoit, c’est à dire généralement à travers le filtre de la production capitaliste.

On ne dit pas que tu écoutes de la merde n’est finalement pas une critique nuancée mais plutôt une démolition en règle de tout ce qui touche à la passion musicale. La seule exception à cette entreprise fulgurante reste la pratique de la musique en amateur et à plusieurs. Gilles Suchey y consacre quelques pages à la fin de l’ouvrage, comme pour éviter de sombrer dans la déprime. Il y a quelque chose de presque post-moderniste dans cette approche (tout détruire pour reconstruire). Pour le reste: tout le monde en prend pour son grade. À titre personnel, je suis concerné au moins trois fois puisque je suis un fétichiste vinyle, un mec qui passe de la musique en radio associative et bien sûr, la pire tare de toute: dj. Rassurez vous si vous n’êtes pas l’une de ces trois catégories, Gilles ne vous a pas raté pour autant !

Au fond, me faire étriller de la sorte n’est pas un soucis, surtout si c’est bien fait. Le problème de cet ouvrage est ailleurs: je n’y ai pas trouvé beaucoup d’idées marquantes, en tout cas pas de quoi justifier les 234 pages. La lecture a été une besogne en quête d’idées éclairantes qui ne viennent pas. Gilles Suchey écrit bien mais le texte est une succession de litanies. Il n’y a pas de cadre transcendant pour faire grandir ces réflexions.

Parfois j’ai l’impression que l’auteur veut jeter le bébé avec l’eau du bain. Le capitalisme choisit en parti les musiques qui ont le droit d’être diffusées ? Est-ce vraiment un problème ? Est-ce qu’une production avec des aspects commerciaux est nécessairement une mauvaise production ? Une production capitaliste, de la musique morte (ce sont ses mots) n’est-elle pas capable de toucher sincèrement et profondément une personne? N’est-ce pas que l’on cherche à travers la musique ? être touché, porté, réconforté et toutes ces sensations humaines si importantes ? En quoi le système de production (qu’on soit pour ou contre) implique que tout le contenu est vicié et suspect ?

Si vous pensez qu’On ne dit pas Tu écoutes de la merde va vous donner les outils pour railler vos potes qui détestent Jul (ou ceux qui les aiment par posture omnivoriste !), vous êtes à coté de la plaque. C’est avant tout un livre personnel d’un auteur qui a perdu la flamme pour la musique qui devait précédemment l’animer. Il se cherche des justifications théoriques mais sans avoir un filigrane rouge pour le porter. Personnelement, je n’en suis pas là et j’espère ne jamais l’être; alors je passe mon tour. Sur ce, je retourne écouter un vinyle acheté il y a quelques semaines pour savoir si je vais en parler ici ou le passer à la radio ! bise.

note personnelle: 2/5

One thought on “LIVRE: « On ne dit pas Tu écoutes de la merde » de Gilles Suchey (BPM, 2025)

  1. Allia, Audimat ou Le Mot et le Resté ,lé boulon tu l’oublié ?book sur làwréncé sur tvps étc cértàin livré du boulon sont chouette

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *