CINEMA: « Le Magnifique » (1973) de Philippe de Broca

Le Magnifique (1973) est une comédie d’espionnage avec notre Belmondo national et la mythique Jacqueline Bisset, réalisé par Philippe de Broca. Le film a la particularité de se dérouler dans deux environnements différents: la fiction et la réalité.

La Britannique Jacqueline Bisset était une candidate parfaite pour être une James Bond girl dans les années 60/70. Si elle tourne effectivement, un petit rôle d’agente du SMERSH, dans un véritable James Bond, celui-ci est parodique ! En effet, en 1967, elle participe à la première version de Casino Royale. EON avait en effet laissé de côté cet ouvrage de Ian Flemming qui avait alors vendu les droits à une autre société de production. En plus de ce vrai/faux agent 007, Bisset est appelée pour être le second rôle d’une comédie française sur un thème proche: Le Magnifique.

Réalisé par Philippe de Broca, écrit aussi par lui, avec la collaboration de Francis Veber et Jean-Paul Rappeneau, Le Magnifique est une parodie rafraîchissante du film d’espionnage. De Broca, sans être un spécialiste de la comédie, a pas mal donné dans le style comme en témoigne Tendre Poulet (1978) et bien sûr L’Homme de Rio (1964), déjà avec Belmondo. La collaboration avec Veber, cheville ouvrière du genre à l’époque (La Chèvre, Le Grand Blond avec une chaussure noire etc.) est forcément alléchante. On peut cependant imaginer qu’elle fut surtout explosive, avec l’arrivée en renfort de Rappeneau pour jouer les script doctors au chevet du Magnifique. Veber n’est d’ailleurs pas crédité partout pour son participation quand bien même l’idée originale était la sienne.

Pour autant, malgré ces petites dissensions dans l’arrière boutique, le film n’en souffre pas, au contraire. L’idée maline du Magnifique est bien sûr la double temporalité en parallèle. D’un côté nous suivons les aventures de Bob Saint-Clar (oui Chrichri Le Friant est fan) dans l’univers de l’espionnage et en parallèle les tribulations de son auteur dans la réalité, le plus timide François Merlin, les deux joués par notre Belmondo national. Les deux histoires rebondissent en parallèle pour n’en former qu’une seule. Le dispositif est habile tant il permet à de Broca de s’autoriser d’y aller avec la truelle pour son espion.

De ce fait, l’humour du Magnifique a presque quelque chose de ZAZ dans l’esprit. Belmondo est très à l’aise dans ce personnage, il cabotine et donne de sa personne ! On apprécie de voir ce parangon de la virilité française de l’époque se prêter ainsi au jeu. Cela ne rend Belmondo que plus attachant et humain. L’ensemble est vraiment très drôle dans son aspect excessif et over the top. Bien sûr la réalisation et la production est un peu moins ambitieuse qu’un réel James Bond mais le film fait quand même bien la blague et moque tendrement les ressorts des films d’espionnage de l’époque.

Ce n’est pas si simple de faire quelque chose de bien dans un double registre comme celui de l’action et la comédie. Philippe de Broca peut être conscient de ses limites dans le premier registre, en fait des caisses. D’autres trouveront peut être par la suite un équilibre plus subtil, comme James Cameron avec l’excellent True Lies (1994). Reste qu’on a affaire à une excellente comédie, bien marrante et distrayante. Le Magnifique est un film pop, coloré, gai avec une excellente BO de Claude Bolling. Il préfigure évidemment les OSS117 de Michel Hazanavicius ou la série Austin Powers.

note personnelle: 4/5

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