CINEMA: « Invasion Los Angeles » (1988) de John Carpenter

Intéressons nous à un petit classique du cinéma de SF: Invasion Los Angeles (1988), They Live dans sa version originale, du maître John Carpenter.

Après l’échec commercial des Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin (1986), John Carpenter s’éloigne un temps des gros studios et tourne alors Invasion Los Angeles (1988) et Le Prince des Ténèbres (1987). Petit budget mais Carpenter prend la peine de tourner en cinemascope, le rendu à l’écran est ains tout à fait convaincant ! Pour tenir une enveloppe serrée, Carpenter tourne en quelques mois et fait appel à des acteurs un peu moins connus. Il délaisse Kurt Russel (auquel il a bien pensé pour le protagoniste principal) au profit d’un catcheur canadien Roddy Piper. Ce dernier est alors une des stars du camp des heels (les méchants au catch) de la WWF, la plus grande fédération du genre ! Loin d’être ridicule, le sportif tient très bien la baraque sous la direction de Carpenter. Il est accompagné par un casting de seconds rôles expérimentés. Nous y retrouvons notamment Meg Foster, une habituée des séries B de SF, mais aussi Keith David présent dans The Thing (1982) ou Raymond St Jacques, abonné du petit écran depuis les années 60 et notamment visible dans Up Tight ! (1968).

Invasion Los Angeles est librement inspirée d’une œuvre de Ray Faraday Nelson intitulée Les Fascinateurs (Eight o clock in the morning). Ce dernier, en plus d’avoir inventé la fameuse casquette à hélice, fut aussi un collaborateur de Philip K Dick, co-signant avec lui Les Machines à Illusions. John Carpenter fait de l’œuvre d’anticipation une charge anticapitaliste et anti-Reagan, un peu naïve peut être mais aussi particulièrement jouissive. Le design des extraterrestres a quelque chose de surannée et évoquerait presque, quelques années plus tôt, celui adopté par Tim Burton dans Mars Attack (1996).

Carpenter ne laisse pas l’absence de moyen le distraire, au contraire, il signe un film concis, efficace et bien mené. Très peu de fioritures, il fait de Roddy Piper un héro très crédible auquel on a envie de s’identifier. Le principe des lunettes est aussi efficace que radical ! On passe de la couleur au noir et blanc pour découvrir le monde réel, un procédé percutant et sans chichis. Invasion Los Angeles a pour lui d’être distrayant et captivant. Il y a de l’action, des enjeux, du mystère, bref ce qui nous donne envie de nous accrocher ! Comme d’autres excellents réalisateurs (Romero), Carpenter utilise un medium (le film de SF/anticipation) pour tenter de raconter quelque chose de plus profond, ici une satyre et une critique de l’Amérique conquérante des années 80.

Je rapprocherai aussi volontiers cette démarche de celle de Cronenberg. Comme le réalisateur canadien, John Carpenter n’a pas peur d’avoir une esthétique tirant sur la série B tout en gardant une démarche artistique et personne très forte. Je pense que cela fait tout le charme d’Invasion Los Angeles. Un film culte (et souvent pastiché, obey) pour de très bonnes raisons !

note personnelle: 4,5/5

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