CINEMA: « Le Solitaire » (1987) de Jacques Deray

Quatrième et dernière collaboration entre Jacques Deray et Belmondo, Le Solitaire (1987) marque aussi les adieux de Bébel au policier. Si cette œuvre ne peut prétendre au statut de chef d’œuvre ou film culte, Le Solitaire reste un film attachant et divertissant.

Né en 1929, Jacques Deray est un spécialiste du film policier. Nous lui devons par exemple Symphonie pour un Massacre (1963), La Piscine (1969) avec Alain Delon, Borsalino (1970) déjà avec Belmondo (et encore Delon) ou encore Flic Story (1975) avec Delon et Jean Louis Trintignant. Avec Bébel, Deray tourne quatre films entre 1965 et 1987. Le Solitaire ferme la marche.

Un film crépusculaire à plus d’un titre. Belmondo, âgé de 53 ans, y conclue sa très riche carrière dans le film d’action (Le Professionnel et tellement d’autres films). L’acteur habitué à faire ses propres cascades se sent vieillir et ne peut se donner autant à l’écran. De son côté Deray tourne peut être aussi un peu en rond. Sur le papier Le Solitaire pourrait être le film de trop. Dans les faits, le professionnalisme de l’acteur et du réalisateur en font un excellent film de deuxième partie de soirée, idéalement un dimanche soir.

Car Le Solitaire peut compter sur une équipe de choc à l’écran. Il y a une pléiade de seconds rôles fantastiques, à commencer par Jean-Pierre Malo en terrifiante némésis de Belmondo. Notons aussi chez les flics ou les voyous des gars solides comme Pierre Vernier, Michel Creton, François Dunoyer et beaucoup d’autres. Il faut vraiment rendre hommage à tous ces acteurs moins connus mais très bons à l’écran, il contribue à l’intensité et la qualité du Solitaire.

Le film de Jacques Deray a quelques autres atouts pour lui. D’abord cette magnifique photographie du Paris des années 80 la nuit, cela reste un plaisir de se déambuler dans le Pigalle interlope de l’époque aux cotés de Belmondo en flic pas commode. C’est aussi les dialogues d’Alphonse Boudard, bourrés de punchlines bien basses du front, style OK Connard (pour OK Corral). On est peut être pas au niveau de truculence d’un Audiard mais ça a aussi son charme et fonctionne très bien dans le film.

Bien sûr Le Solitaire a vieilli, Belmondo y est pas mal misogyne, les femmes pas franchement mises en avant mais je trouve ça moins gênant ici que dans d’autres films. Car Le Solitaire n’a pas la prétention de nous imposer cette vision rétrograde, on se contente de suivre des gens qui sont durs par nécessité et essence. Belmondo malgré son grand âge a toujours un charisme de dingue. Indéniablement lui et Delon représentent les modèles masculins de références des années 60/70. Cependant là où Delon a un charme plus félin et une beauté universelle, Belmondo a une présence extraforte, une gouaille du tonnerre. Qu’on aime ou non le Bébel c’est un monument du cinéma français, capable d’éclairer un film de série B comme celui-ci.

Si Le Solitaire n’est donc pas un grand film, il reste très divertissant. On sent qu’il y a des professionnels derrières qui connaissent leur métier et l’aiment. Soyons même désinvolte, j’aurais eu plaisir à voir ce film à la télévision. Un des rares points très faibles restent l’intégration des parties avec l’enfant (dont Stan, le flic joué par Bébel est parrain). Elles ne sont pas terribles et cassent un peu la dynamique générale. L’ambiance milieu 80, notamment pour la musique n’a pas la patine des bandes originales des 70s (comme par exemple sur Sans Mobile Apparent). La BO de Danny Schogger est sympathique mais les contributions de Carlos Sottomayor (la compagne d’alors de Belmondo) ne sont pas exceptionnelles. Cependant ces défauts sont vite balayés par le reste: le plaisir de voir des course poursuite en Peugeot et des échanges de tirs dans le XIVe arrondissement !

note personnelle: 3,5/5

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