2005 était déjà il y a vingt ans ! Le temps passe vite non ? Contrairement à 1975 (pas né) ou 1985 (trop jeune), j’ai vécu 2005 en direct. Voici une sorte de mémo de ce à quoi pouvait ressembler cette année là musicalement filtré à travers ma propre sensibilité (donc pas exhaustif).
En 2005, la presse électronique ne s’intéressait que très moyennement à la scène britannique (D&B, UKG, nu skool breaks), elle faisait les yeux doux à la scène minimal allemande. Dans les interstices d’un internet pas encore verrouillé, les passionnés s’informaient sur les forums et les blogs (alors en pleine ascension). Certains des morceaux de cette playlist sont directement des succès liés à cette culture naissante, que ce soit en rock (Arctic Monkeys) ou en musique électronique (le son turbine, Pendulum).
Ma playlist mélange rock indépendant et musique électronique de club car cela correspond aussi à ce que j’écoutais à l’époque. J’allais dans des concerts et en club, on traînait à la Flèche d’Or etc. Assez paradoxalement, je n’ai pas tellement apprécié le virage rock (voir metal ) d’une partie de la scène électronique de l’époque alors que c’est précisément ce qui m’avait d’abord amené à cette musique à travers le big beat. Reste que cette explosion a produit des choses intéressantes dont certaines me plaisent encore beaucoup aujourd’hui.
Voici donc une sorte photographie de l’année 2005, à travers les yeux de quelqu’un au début de sa vingtaine. Même si certains choix sont plus singuliers, d’autres me semblent très représentatifs de la période.
01 – Anja Schneider & Sebo K « Rancho Relaxo »
Rancho Relaxo est un morceau que j’avais découvert en club (je salue Julien « Heartbeat » Haguenauer): une claque ! 20 ans plus tard je trouve toujours ce morceau spécial. Cette collaboration entre Anja Schneider (qui a fondé le label Mobilee) et Sebo K reste très mélodique tout en étant assez épurée. À travers cette ambiance trancy et sombre, cela me fait penser à certaines productions de la même époque de John Tejada (Chorgs sorti en 2004) ou Kerri Chandler (Bar à Thym, 2005). Je serai bien incapable de classer ce morceau (house ? techno ? minimal house ?) mais il mériterait certainement d’être un peu plus connu (il se vend pour rien du tout sur discogs).
02 – Kerri Chandler « Bar A Thym »
Les francophones ne vont pas manquer le jeu de mot (baratin) ! et pour cause, Kerri Chandler (en photo) a nommé son morceau en fonction d’un club de Toulon: le Bar à Thym ! Au delà de ces considérations, l’Américain, maître de la house, sort un de ses grands classiques après quinze ans de carrière, pas si courant dans la house. Ce morceau est un emblème de l’époque, un vrai tube underground. Vingt ans après, on ne se lasse pas de cette lente montée extatique, de cette cowbell digne de Don’t fear the ripper de BöC !
03 – Julien Jabre « Swimming Place »
Camarade de DJ Gregory dans Soha, Julien Jabre produit des merveilles en ce milieu des années 2000. Sorti en 2005, puis ressorti par Defected un an plus tard, Swimming Place est un des hits de sa carrière. Si vous sortiez en club (house) à l’époque vous l’avez peut être entendu ! Ce titre me file toujours des frissons 20 ans plus tard. Comme pour Rancho Relaxo, je me rappelle encore du lieu où je l’ai entendu pour la première fois !
04 – Hushpuppies « You’re Gonna Say Yeah! »
Changement radical de style avec les Hushpuppies. On est toujours dans le garage mais le garage-rock ! Groupe de Bordeaux/Perpignan avec des anciens membres des Men on The Moon, les Hushpuppies frappent un grand coup en 2005 avec leur premier album et ce tube certifié ! Vraiment un super morceau qui vieillit bien. Marrant d’imaginer que le label de Benjamin Diamond (Diamond Traxx), figure de la french touch, accueillait quelques uns des meilleurs groupes de rock de l’époque (les Hushpuppies et Nelson).
05 – The Prodigy « Voodoo People (Pendulum Remix) »
Flippant de se dire que moins de temps (11 ans) sépare la version originale (1994) du remix (2005) que ce dernier de nous (20 ans) ! En 2005, les Britanniques de Prodigy confient donc au bon soin de Pendulum de remixer leur classique Voodoo People. Les Australiens sont alors en train de filer un gros coup dans la fourmilière de la D&B. Leur style de production, très moderne et soigné, leurs influences métal (de blancs de la classe moyenne), tout cela tranche sérieusement avec la scène anglaise. Pendulum a évidemment quelques camarades de promo du coté de la vieille Europe (Baron, Bad Co etc.) ! Pendulum est un marqueur de l’époque. Je ne suis pas fan de tout chez eux (loin de là) mais quand même ce remix de Prodigy est bigrement efficace et met un bon coup de polish à l’original (que j’adore également).
06 – Digitalism « Zdarlight »
En 2005, nous entrons dans l’ère de la turbine. Si le terme est tombé en désuétude il décrit complètement le son ultra compressé (et influencé rock) du milieu des années 2000 de groupes comme Justice, Boys Noize, Toxic Avenger, ou Digitalism. Du groupe allemand il est justement question avec le classique Zdarlight (oui le nom est un clin d’œil à Philippe Zdar de Cassius), production 100% ordinateur à tout les coups mais bigrement efficace ! C’est sorti sur Kitsuné, un des hauts lieux de la turbine avec Ed Banger évidemment.
07 – Sleater-Kinney « Jumpers »
The Woods est un excellent cru pour Sleater-Kinney alors signé chez Sub Pop ! Le groupe culte du mouvement riot grrrl s’y montre particulièrement inspiré, comme sur le single Jumpers. Il n’empêche un an plus tard, la formation d’Olympia se sépare. Sleater-Kinney s’est depuis reformé !
08 – Arctic Monkeys « I bet you look good on the dancefloor »
Les débuts de la folie Arctic Monkeys, même si la véritable explosion a lieu un an plus tard (2006). Le buzz sur les blogs de l’époque était énorme, quand le single sort la sauce prend tout de suite ! Le reste fait parti de l’histoire. Domino a eu le nez creux en signant Franz Ferdinand et les Arctic Monkeys ! Une pensée pour le bassiste qui s’est fait virer sèchement du groupe après le premier album.
09 – Madonna « Hung Up »
Un sample méga tricard mais un résultat très efficace et réussi ! Ce morceau vous explose à la gueule avec sa production XXL. La bonne idée: avoir pris l’intro très mémorable du morceau d’Abba, pas si valorisé que ça dans le titre original ! Madonna, avec Stuart Price (Les Rythmes Digitales) signe là un des derniers très grands tubes de sa carrière.
10 – LCD Soundsystem « Daft Punk is Playing at my House »
Attention, c’est méta ! J’avais initialement pensé vous proposer Let’s Make Love and Listen to Death From Above de CSS mais j’ai un doute sur la date de sortie réelle de la chanson (plus probablement 2004 que 2005). La chanson des Brésiliens cite le groupe canadien Death From Above. Le duo avait du modifier son nom pour éviter un potentiel procès avec DFA (Death From Above) suite à une mise en demeure de ces derniers. La star de DFA n’est autre que LCD Soundsystem, le groupe de James Murphy, également co-fondateur du label. Il collera d’ailleurs aussi un procès à son ex-camarade Tim Goldsworthy et ça se terminera aussi en eau de boudin avec le troisième co-fondateur Jonathan Galkin qu’il licencie en 2020, non sans avoir changé les serrures des locaux. Dans tous les cas, son premier album contient le classique (et excellent) Daft Punk is Playing at My House , titre qui cite également un nom de groupe ! La boucle est bouclée.







