Le 8 octobre 2026, le classement ACPM du nombre de visiteurs des principaux sites d’informations en ligne est tombé (source). Les nouvelles ne sont pas très bonne pour la presse en ligne: de nombreux sites perdent entre 10 et 20% par rapport à septembre 2025. Ouest France perd un peu plus de 9% quand Le Monde fait 20% de moins de même que le Figaro. Libé ou France Info perde même plus de 30% de visiteurs. Bien sûr il y a le contexte direct (les actualités politiques) mais ces baisses disent aussi quelque chose de l’évolution des habitudes. Il y a pour moi au moins quatre facteurs qui expliquent cette évolution: le déclin de l’internet desktop, l’IA, les usages et l’expérience utilisateur.
Le déclin de l’internet desktop
Un jour avant la publication des chiffres, je faisais moi-même ce constat: internet était un continent et est désormais une constellation d’îles. L’accès à internet passe davantage par les applications que google et le réseau classique. Dorénavant on se connecte au réseau à deux tiers depuis un smartphone ! Nous avions un internet libre où il est possible de naviguer au gré de ses envies. Il y a, aujourd’hui, un écosystème d’applications qui tentent de nous retenir entre leurs griffes, plutôt que de servir de hub.
On voit tout de suite le problème pour les sites d’information ! D’ailleurs les applications dédiées de la presse tiennent beaucoup mieux le coup que leurs sites internet. L’immense majorité des médias a construit sa stratégie autour des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter ainsi que le SEO (recherches Google). Forcément, avec l’évolution des réseaux (de hub à application autonome), la presse écrite en ligne (généraliste, musicale) se retrouve le bec dans l’eau.
L’IA, un coupable idéal ?
Oui l’IA fait baisser le nombre de visiteurs sur un site. Là où une personne cherchait une réponse à travers un moteur de recherche et cliquait sur un lien, elle s’adresse désormais souvent à l’IA. Personnellement je la blâme pas ; l’IA apporte souvent des réponses plus précises et circonstanciées qu’une recherche classique (une aiguille dans une botte de foin). Forcément cet usage fait diminuer le trafic. C’est d’autant plus perturbant que l’IA a besoin du contenu des sites d’information pour se nourrir et apporter cette réponse pertinente.
Récemment, je mettais en garde contre la figure du croque-mitaine, il ne faudrait pas que l’IA devienne à son tour un méchant commode pour éviter une réflexion plus profonde sur les usages et la responsabilité des sites eux-mêmes dans cette évolution. Pourquoi les gens ne consultent plus eux-mêmes directement les sites internet d’information et de presse (généraliste, culturelle) ? Il y a là des choses à faire certainement, notamment en matière de pédagogie.
À mon niveau (très modeste évidemment), je fais avec l’IA. Je n’ai pas les moyens et le poids pour infléchir les lois à son sujet. Je perçois bien sûr la menace mais j’y vois aussi des opportunités. Un site comme le mien, écrit par un humain est plutôt bien perçues par les IA et donc susceptibles aussi d’être mentionné. C’est une occasion pour moi d’avoir du contenu qui est repris dans les réponses. Je fais aussi ce site internet pour cela: défendre des positions, mettre en avant des disquaires qui travaillent bien ou des disques intéressants. J’ai pu constater en faisant certaines requêtes à des IA que j’étais ainsi mentionné pour certains sujets spécifiques. Bref pour un site modeste comme le mien : il y a des choses à faire.
Des changements d’usage
En juin dernier, je regrettais l’érosion de la curiosité. Celle-ci se manifeste notamment par un moindre intérêt pour la lecture comme en témoigne la baisse des ventes des livres en France (et ailleurs). Cet absence de goût pour la lecture et les formats longs (au delà des carrousels Instagram par exemple) impactent aussi forcément la presse en ligne très directement.
Encore une fois il y a probablement un travail d’éducation à faire pour revaloriser la lecture. Les autres formes d’expressions ont leurs qualités mais la lecture a aussi sa singularité (notamment la capacité d’abstraction etc.) qui n’est pas remplaçable par des vidéos. L’écrit est une richesse dont il serait vraiment dommage de se priver.
L’expérience utilisateur
De nombreux sites de presse généraliste dégueulent de publicités et de pop-up rendant la lecture particulièrement fastidieuse. Il y a aussi les paywalls systématiques. Personnellement je sais que je ne clique plus sur certains liens de presse (notamment Libération) car l’article sera protégé.
J’entends complètement le besoin de créer un modèle économique pour la presse. Cela coûte cher de produire de l’information et prend du temps. Cependant il faut aussi trouver un juste équilibre pour donner envie aux usagers de revenir régulièrement et d’avoir le réflexe. Je pense sincèrement qu’avoir une partie du contenu accessible gratuitement peut donner davantage envie de s’abonner et de passer à la partie payante (dans une logique freemium).
Peut-être aussi, il y a des réflexions à mener sur la possibilité d’acheter des articles à l’unité ou faire des abonnements conjoints de plusieurs médias. Je ne suis pas spécialiste de ces questions. Reste que personnellement je serai prêt à payer pour un contenu numérique intéressant, notamment dans le domaine de la musique. Aucune offre actuelle ne correspond à mes envies ou besoins en la matière ! Très bêtement je serai preneur d’un site qui chronique, de manière qualitative, pertinente et surtout exhaustive, l’ensemble des sorties rock/indé/rééditions 60s-90s.
La presse en ligne, un avenir possible ?
Il faut se garder d’accuser l’IA ou la presse elle-même de la situation. Les causes sont multifactorielles et ne dépendent pas uniquement d’un unique intervenant. Nous sommes d’ailleurs nous même, lecteurs, partie de l’équation !
Je l’écris très souvent mais je crois beaucoup à la pédagogie, peut-être il est temps d’être plus incisif sur le besoin de lire et de défendre un peu plus frontalement le besoin d’un internet indépendant des algorithmes et de quelques GAFAM. Les gros médias devraient réfléchir ensemble à des solutions communes. La réponse ne pourra pas venir uniquement du politique. Il y a des choses à faire en tout cas et tout n’est pas définitivement perdu si on ne laisse pas la situation se détériorer.







