Depuis le milieu des années 2020 de nombreux webzines musicaux, en particulier nord-américains, s’abritent derrière des paywalls, mais en ont-ils les moyens ? Voici quelques réflexions et explications autour de ce phénomène intéressant à suivre ainsi qu’un questionnement plus large autour de la place du journalisme musical en 2026.
Le contexte
En avril 2024 le très apprécié webzine Aquarium Drunkard lançait sa version payante derrière un paywall. Depuis il a été rejoint par les deux acteurs majeurs de la musique indépendante étatsunienne: Stereogum (fin 2025) et Pitchfork (2026). En France le sujet est moins bruyant mais le contenu gratuit de qualité a fondu ces dernières années. Les pages musicales des Inrocks ou Libé ne sont plus lisibles en ligne, tandis que l’excellent Musique Journal a mis en place un paywall (limite du nombre d’articles lisibles par jour).
Cette tendance répond à l’érosion des revenus publicitaires des sites culturels et d’informations. En 2025, le marché publicitaire pour la presse écrite en ligne a ainsi encore baissé de 8%. Touchée bien après la francophonie, la presse culturelle anglophone licencie régulièrement. On se rappelle ainsi de Bandcamp, qui a débarqué la moitié de son équipe éditoriale en 2023. Par ricochet, de nombreux journalistes lancent des newsletters individuelles, souvent via Substack. Parmi les plus connus mentionnons celles de Ted Gioia et Shawn Reynaldo.
Ainsi, lentement mais sûrement, le modèle de la presse musicale gratuite financée par la publicité est remplacé par une myriade d’abonnements à des newletters ou des sites protégés par des paywalls. Il est difficile d’y voir clair dans cette offre pléthorique.
Wonder Paywalls
La presse musicale en ligne se cherche un nouveau modèle économique. On le comprend, mais les lecteurs ont-ils les moyens et l’envie de multiplier des abonnements pour avoir accès accès à du contenu, souvent de manière temporaire ?
il existe actuellement un mouvement de fond contre le modèle d’abonnement (versus l’achat unique). Dans les logiciels professionnels (Adobe, Native etc.), la lassitude et les critiques se font de plus en plus vocales. En mars 2023, l’éditeur de plugins audio Waves a renoncé au modèle d’abonnement pur suite à une bronca des utilisateurs. Dans la culture, le retour du physique est régulièrement discuté. Le vinyle reste l’exemple le plus emblématique. Réponse au streaming musical (Spotify), le support connaît des croissances de rêve depuis une dizaine d’années même si cela pose aussi quelques questions (cosplay vinyle, prix des disques neufs). Dans le cinéma, on entend aussi régulièrement ce discours, de nombreuses personnes se mettent aux blu-rays et même DVD !
Quelle place dans cet environnement pour la presse musicale en ligne ?
Payer oui mais pour de la qualité
La question du paywall en rejoint une autre: la pertinence du journalisme musical en 2026. Être prêt à payer pour du contenu reste un des meilleurs tests de sa valeur perçue. Un récent thread de Reddit éclaire sur ce que nous pourrions attendre des sites équipés de paywalls et des limite de l’exercice.
L’économie de l’attention remplace celle de la rareté. Pour les produits culturels, l’argent n’est plus le facteur discriminant, à l’inverse du temps. À une époque, les chroniques orientaient les lecteurs vers les disques à acheter. Désormais, le journalisme musical peut aider le lecteur à donner son temps à des œuvres qui le méritent. il y a là, une vraie place à se faire, pour la critique musicale de qualité et singulière.
C’est aussi là que le bât blesse d’ailleurs ! Pitchfork, par exemple, semble avoir si peu confiance dans la qualité de son contenu (on ne leur donne pas tord) que le site a mis en place un système de notation dans l’esprit RYM/Letterboxd ! Dans un autre registre, certains refusent de s’abonner à Stereogum car leur argent financerait aussi des contenus qui ne les intéressent pas. Finalement, ce sont peut-être les sites plus spécialisés et pointus qui ont le plus à gagner avec les paywalls. D’une manière générale, on comprend qu’un lecteur ne veuille pas multiplier les abonnements et préfère financer en priorité les médias qui lui parlent le plus.
L’accès initial: un enjeu décisif
Quel style de paywall doit-on mettre en place ? Ne plus proposer de contenu disponible gratuitement peut en effet sortir un média du débat. Dans mon cas personnel, je ne consulte plus du tout les Inrocks par exemple ! De ce fait, j’ai aucune idée de leur positionnement sur les sujets qui peuvent agiter la sphère musicale.
La diffusion des newsletters substack interrogent aussi. Elles fonctionnent pour des journalistes établis et lus depuis longtemps mais comment les nouvelles voix peuvent émerger à travers un système aussi décentralisé ?
Un secteur toujours en crise
La presse musicale, en ligne ou en papier, reste un secteur en crise qui se cherche des nouveaux modèles. Dépassons cependant le pessimisme: on a plus que jamais besoin de contenu qualitatif pour contextualiser des œuvres ou nous donner envie de les écouter. Ces besoins existent toujours, ils ne font pas parti du passé ! Reste à savoir comment désormais toucher les lecteurs, que leur apporter pour justifier de leur soustraire un billet? Les paywalls sont une des solutions mais ne seront pas la bonne pour tout le monde. Dans la presse culturelle, tout reste à faire: angoissant certes mais également passionnant !







