CINEMA: « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis

Good Morning England (2009, The Boat that Rocked en Angleterre et Pirate Radio aux Etats Unis) de Richard Curtis fait parti des films les plus appréciés sur la musique rock en France. Sa moyenne actuelle, sur le site francophone senscritique (7,3) est, par exemple, légèrement supérieure, à celle de Spinal Tap (7) ou Presque Célèbre (7,1). Pourtant, sur Rotten Tomatoes comme Letterboxd * Good Morning England est moins apprécié que ces deux classiques. Pourquoi une telle différence d’appréciation ?

The Boat That Rocked devient Good Morning England en France. Le film suit le parcours d’un jeune homme timide (Tom Sturridge), envoyé par sa mère sur un bateau car il a des problème de comportement. Ce bateau est singulier: il abrite une des nombreuses radio pirates (comme la célèbre Radio Caroline) qui prennent d’assaut les ondes dans les années soixante. Carl fait ainsi la connaissance de personnages excentriques, joués par Philip Seymour Hoffman, Bill Nighy, Rhys Ifans, Nick Frost etc. Bien sûr, le gouvernement britannique cherche à rendre silencieuse cette intolérable sédition.

Scénarisé et réalisé par Richard Curtis, le film promettait d’être un succès au box office. En effet, nous devons à ce dernier la réalisation de Love Actually (2003) ainsi que les scénarios de Coup de Foudre à Notting Hill (1999), Quatre Mariages et un Enterrement (1994) ou les deux premiers Bridget Jones. Richard Curtis a aussi écrit Yesterday (2019). Good Morning England fut cependant globalement un échec commercial, à part peut être en France.

Good Morning England a des soucis de justesse. Je ne trouve pas la présence de Carl crédible. Il a une coupe de cheveux et une attitude trop modernes pour les années 60. Il semble sortir d’un groupe indépendant pote avec Razorlight ou les Libertines. Mettre une personne extérieure pour découvrir avec elle une situation nouvelle est un procédé sobre et efficace. Ici, malheureusement, cela sonne faux et peu crédible, dès le départ. Difficile d’imaginer une mère laisser son fils à problèmes dans un environnement aussi particulier.

La galerie de personnages constituée par les animateurs radio est attachante mais les clichés vont aussi bon train. Comme pour beaucoup d’éléments: Good Morning England n’évite pas les lieux communs quand il s’attache à personnifier le gouvernement, les groupies (la place des femmes dans ce film me laisse songeur) ou décrire les scènes d’écoute (ou danse) devant son poste de radio. Tout sonne un peu faux, sauf peut être la superbe BO. Elle pioche dans le meilleur du rock des années 60 (Kinks, Stones, Turtles, Box Tops, Easybeats etc.). On constatera cependant quelques anachronismes, dans les choix, pour un film, se déroulant en 1966. Le scénario est assez lisible: nous suivons l’évolution vers l’âge adulte de Carl, dans la pure tradition coming-of-age, tandis que la radio essaye de survivre aux attaques des méchants du gouvernement.

Good Morning England est un film distrayant, assez bien fait, mais il manque de profondeur et sincérité. Ce film tient mordicus à nous montrer qu’il est cool. Il le signifie qu’en appuyant lourdement sur des poncifs (drogue, rock, amour libre). Je pense que la différence de perception entre la France et les pays anglophones tient d’ailleurs dans cette manière de dépeindre l’époque, sans nuance. Good Morning England reste un sympathique divertissement pour un mardi soir à la télé. En revanche, la pellicule manque d’une vision plus fine et sincère pour en faire un indispensable autour du rock ou de la musique en général.

note personnelle: 3,5/5

* Almost Famous : 92% et 4,1/5 – Spinal Tap: 92% et 3,9 – Good Morning England: 71% et 3,6

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *