ALBUM: Triptides « Shapeshifter » (Label 51, 2025)

Depuis quinze ans, le groupe américain Triptides continue de tracer sa route, sans se brusquer mais avec toujours un sens unique de la mélodie. Entendre pour la première fois Shapeshifter c’est comme retrouver un vieil ami. Le temps s’écoule mais ne semble pas avoir prise sur l’inspiration et les ambitions de la formation de Los Angeles.

Dix ou onze albums (si l’on compte Estrela Mágica avec Winter), Triptides publie à intervalle régulier des albums, toujours soigné. La discographie est désormais dense ! Pour autant, le groupe de Glenn Brigman (seul membre permanent depuis les débuts) a toujours l’étincelle, une capacité à nous surprendre. Certes Triptides fait du Triptides, mais les Californiens font subtilement évoluer leur musique à chaque livraison.

Après deux albums chez Curation Records, So Many Days en 2022 et Starlight en 2023, Triptides rejoint un autre label américain: Label 51 Recordings. Ces derniers semblent particulièrement actifs pour proposer des disques (rééditions et nouveautés) liés à la scène paisley underground (Rain Parade, Sid Griffin des Long Ryders, Dream Syndicate, Vicki Peterson des Bangles) et powerpop (Chis Stamey et Peter Holsapple des dB’s). Cette nouvelle maison sied très bien à la pop de Triptides. Comme ses aînés, Glenn Brigman a développé un goût pour les années 60 qu’il s’attache à exalter dans sa musique.

Shapeshifter n’est pas pour autant un album hommage ou pastiche. Bien sûr, Triptides est dépositaire (parmi d’autres) de l’héritage des Nuggets, mais il ne cherche jamais à mimer les autres. Ce nouvel album emmène même la formation dans le soft rock seventies de Jackson Browne, Todd Rundgren ou James Taylor. Les guitares laissent ainsi un peu plus de place aux pianos électriques et autres synthétiseurs. Ces intentions, déjà perceptibles dans Starlight, prennent ici pleinement corps, pour notre plus grand plaisir. Le groupe déroule un disque impeccable sur un tempi modéré. Par certains aspects, cette nonchalance convoque Azur (2015), le morceau titre (Shapeshifter) offre en effet une suite à Not Mine ou Over. Shapeshifter est en tout cas un album aéré où l’on a le temps de se laisser porter par son ambiance. Il ne nous presse pas: nous prenons le temps d’apprécier.

Dès More Than A Friend, nous retrouvons l’élégance des compositions de Glenn Brigman. Connection s’aventure dans un krautrock poppy enjoué quand l’introduction de 5 AM donne le change à Get Out of My Life Woman de Lee Dorsey. Stephen Burns assure le chant d’Altered Vision, un morceau psychédélique et mélancolique. How Could It Be Too Late? est une nouvelle petite merveille du répertoire (déjà riche) de Triptides. C’est délicat, léger mais jamais tarte, tout en finesse. Triptides est vraiment un groupe précieux quand on prend le temps de l’écouter !

Derrière sa magnifique pochette Science Fiction (comme une suite de Visitors ?), Shapeshifter est un des albums les plus enthousiasmants de Triptides, ces dernières années. Album cohérent, arrangé avec goût, il déroule une collection de chansons attachantes, gracieuses et aérées. Un très joli disque.

note personnelle: 4,5/5

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