CINEMA: « Batman » (1989) de Tim Burton

Après Mars Attack ! , intéressons nous à un autre classique de la dense filmographie de Tim Burton: Batman. Ce film est adapté du fameux comics DC du même nom où nous suivons les aventures de l’homme chauve-souris créé par Bob Kane.

Jusqu’à l’arrivée de Superman en 1978, le cinéma de superhéros est généralement produits à destinations des enfants avec des moyens limités. Rétrospectivement l’esthétique y est souvent camp, pour retrouver le dynamisme pop des bandes dessinés. La série Batman des années 60 est représentative du style. Un générique surf marquant de Neal Hefti avec le wrecking crew, les slips en satin élastique de Batman: il n’en fallait pas plus pour rendre le programme culte !

En 1989, Tim Burton récupère donc le projet Batman. Il a signé un premier film remarqué (Pee-wee’s Big Adventure) puis s’est attelé, entre temps, à la réalisation de Beetlejuice (1988). Il entraîne dans l’aventure Danny Elfman pour la musique (présent sur ces deux précédents films) ainsi que l’acteur Michael Keaton, déjà rôle titre dans Beetlejuice. Le choix de ce dernier fit couler pas mal d’encre à l’époque et on peut tout à fait le comprendre rétrospectivement (on va y revenir).

Le casting de Batman affiche quelques poids lourds même si c’est pas la bacchanal de Mars Attack!. Kim Basinger joue Vicki Vale tandis que Jack Nicholson hérite du rôle essentiel du Joker. Dans les seconds rôles notons les excellents Robert Wuhl (Alexander Knox) ou Michael Gough (Alfred), un habitué de la Hammer, un choix très Tim-Burtonesque ! On notera aussi, dans un rôle assez anecdotique dans ce Batman (mais pas dans l’univers en général) de Billy Dee « Lando » Williams en Harvey Dent.

S’il les seconds rôles font très bien leur job, je trouve qu’il y a plus à dire sur les trois têtes d’affiche. Jack Nicholson fonctionne bien en Joker. Il est naturellement proche du personnage. Il cabotine à balle mais ça marche dans le contexte. La prestation de Kim Basinger est OK mais le personnage est un peu nunuche, ça ne lui rend pas forcément justice. Enfin il y a Michael Keaton. Rien contre l’acteur, mais sa prestation n’est pas ici très expressive ou incarnée. Batman est sensé être porté par un sentiment très fort d’injustice/justice et là le mec est super low-key. Certains disent qu’il contient ses émotions et est verrouillé. J’entends l’argumentation mais globalement difficile de trouver une accroche sur le Keaton pas masqué ou sa relation avec Basinger. Tout cela manque d’un peu de tension et intensité.

Casting inégal mais ambiance superbe. Visuellement j’ai trouvé le film magnifique, j’adore l’ambiance mi art-déco mi gothique de l’ensemble. Se déroulant en 1989, Batman a des airs de film noir des années 30-40. Je trouve cette approche très intéressante tant cela colle aux origines du personnage sans non plus faire une œuvre ouvertement rétro. La musique d’Elfman est aussi une franche réussite, très prenante et puissante.

Passons aux nombreux points négatifs. J’adore Prince mais ses morceaux n’apportent rien à l’ensemble. Warner Bros donne l’impression d’avoir demandé au Kid de Minneapolis cela pour avoir un nom porteur de plus à mettre sur l’affiche. Le résultat n’est pas très fluide. Les scènes qui en résultent ne sont vraiment pas les meilleures. Cela gâche le côté sérieux voulu du film. Selon moi, une musique plus sombre (indus, gothique, punk) aurait probablement mieux fonctionné. Un autre défaut est concomitant au choix de Prince. Si Tim Burton a des velléités de signer un film sérieux, Batman a des moments proches de la bouffonnerie qui tranchent un peu avec l’esthétique posée au départ.

Autres aspects agaçants de ce Batman: le scénario est boiteux et la durée trop longue ! Visiblement le script a été pas mal retravaillé pour faire cohabiter plusieurs sensibilités. Le résultat s’en ressent: le film manque parfois d’un angle plus assumé. Cela part un peu dans tous les sens avec des scènes qui alourdissent l’ensemble. Le film aurait vraiment gagné à faire 20-30 minutes de moins, ne pas faire apparaître certains personnages ou rebondissements. Il y a aussi quelques maladresses. Typiquement j’ai trouvé l’introduction des différents véhicules (la voiture et le jet) assez maladroite. La scène de la parade est ainsi particulièrement raté dans sa tonalité.

Si au départ j’ai été happé par l’ambiance, mon enthousiasme est progressivement descendu. J’ai eu du mal à m’intéresser à la scène finale. Qualifié de film sombre à l’époque, je suis partagé sur ce qualificatif. Comparé à la série pop et kitsch des sixties, c’est une évidence. Sur un plan plus large, beaucoup d’éléments (scènes, multiplication des personnages) cassent un peu cette dynamique. Le film ne choisit pas toujours entre sérieux et camp. Le succès de Batman sera néanmoins énorme et sera un des acteurs de l’intérêt des studios pour les films de superhéros. Avec le recul, Batman reste une œuvre intéressante mais avec beaucoup de défaut pour en faire un classique de la période. Il paraît que le Return est un peu meilleur, je vous tiendrai au courant !

note personnelle : 3/5

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