OPINION: PPWR, l’UE veut la mort des créateurs, labels et PME européens

Le 12 août 2026, une partie de l’Europe est plongée dans l’obscurité d’une éclipse solaire. De nombreux Européens vont aussi voir sombre à cause d’une nouvelle réglementation européenne qui entre en vigueur le même jour dite PPWR pour Packaging and Packaging Waste Regulation , un volet de la REP en France (pour Responsabilité élargie du Producteur). Cette réglementation PPWR va très concrètement affecter l’ensemble des entreprises européennes, en particulier celles opérant (ou tentant de le faire) sur plusieurs marchés. Les conséquences pour le domaine artistique, notamment les créateurs, artisans, disquaires ou labels indépendants est immense et va sérieusement nous frapper collectivement !

PPWR, REP Késako ?

Ce texte n’a pas la prétention d’expliquer de manière complète le sujet. Pour cela, je vous invite à lire l’Union Européenne elle-même sur le sujet, dans leur Foire aux Questions.

Dans les grandes lignes et pour comprendre la grogne chez les créateurs: chaque entreprise européenne (cela inclut aussi des auto-entreprises et des associations ! tout le monde sauf les particuliers) doit participer financièrement au retraitement des déchets générés par ses emballages. Ces emballages doivent d’ailleurs avoir eux même une traçabilité/recyclabilité (si vous les achetez en UE tout va bien mais si vous les prenez sur Temu etc. : cela sera un sujet !). Cette gestion n’est pas centralisée par l’UE mais réalisée de gré à gré par pays. Donc si une PME opère sur plusieurs pays, elle doit s’efforcer d’être en règle sur les différents territoires et posséder un IDU (identifiant Unique) dans chacun d’entre eux.

Je ne connais pas les obligations légales pour les grandes entreprises mais pour les PME, cela passe donc par l’adhésion et le paiement d’un forfait (à partir de 80€HT si j’ai compris, si le volume est faible – ce qui est le cas des labels/créateurs) à des services de recyclage, en France Citéo ou Léko. L’entreprise doit effectuer ce genre de démarche dans chaque pays où il vend.

Si vous vendez sur internet: vous êtes concernés. Un créateur qui envoie ses illustrations dans une enveloppe doit faire la démarche. Idem pour un label (emballage du disque) ou un disquaire travaillant avec Discogs. Vous vendez des fringues de seconde main sur vinted en professionnel: vous êtes concernés ! Bref dès que vous envoyez quelque chose avec un statut (pro, auto-entrepreneur, association) vous devez désormais vous mettre en conformité. Evidemment, comme souvent avec la bureaucratie (européenne ou française), l’application au Jour J reste assez mystérieuse et floue (ce qui est déjà scandaleux en soi).

L’UE est-elle toujours un marché unique ?

L’un des principes fondateurs de l’UE, quand ça s’appelait encore la CECA était de créer un marché unique avec liberté de circulation des marchandises, capitaux et personnes. Aujourd’hui l’UE à travers ses politiciens et ses fonctionnaires cherchent à s’immiscer dans nos vies privées et remettre en cause ces fondements, pourtant si importants.

Je cherche à comprendre la logique derrière cette décision. S’agit-il d’une mesure réellement écologique (j’en doute un peu) ou d’un moyen de contrôler un peu mieux les entreprises et les forcer à se mettre au pas. Peut-être aussi, comme la directive sur la TVA de 2021 (vinyle l’amour vache), une technique pour mieux encadrer ce qui est livré par les grandes entreprises chinoises comme TEMU ou Shein. Le problème ? En dehors du coût – qui sera toujours répercuté sur le consommateur (ne rêvez pas) – TEMU ou Shein ont les moyens de se conformer. Le label indépendant anglais, l’illustratrice espagnole ou l’artisan grec lui n’en a pas les moyens !

L’âge de rouille du vinyle: une nouvelle confirmation

En septembre dernier, j’évoquais ici même l’âge de rouille du vinyle. Pour moi cet âge de rouille est une conséquence d’une part de l’augmentation des prix des vinyles mais aussi des choix réglementaires de l’Union Européenne. Alors que les labels et disquaires indépendants sont dans des situations précaires, cette réglementation PPWR/REP vient ajouter de la complexité et de la bureaucratie à des PME déjà fragiles.

Indéniablement des labels, disquaires (sur discogs, ebay ou en direct) vont arrêter d’expédier dans certains pays faute d’avoir suffisamment de clients pour justifier d’adhérer à des organismes de recyclages. Seuls quelques marchés importants seront privilégiés. Le marché commun européen s’éloigne chaque jour un peu plus, y compris au niveau des entreprises les plus petites, celles qui justement bénéficieraient le plus de ces débouchés et de la circulation des marchandises.

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