OPINION: RYM, Rolling Stone, des classements difficiles !

Le 18 mai 2026, Rolling Stone US sortait un de ses fameux classements dédié au punk (les 100 meilleurs albums du genre). Je me suis précipité pour aller voir et j’ai bien sûr été déçu. En partie à cause de l’approche de Rolling Stone US mais c’est aussi à cause de l’exercice lui même. Classer n’est jamais simple, le classement de RYM, basé sur les notes des utilisateurs montre aussi une autre facette du problème.

Analyse du classement de Rolling Stone US

Avant-propos: je ne me risquerai pas personnellement, seul en tout cas, à me lancer dans un classement des meilleurs albums de punk. Les auteurs de RS ont pris le parti de prendre une définition relativement ouverte du punk. Cela leur permet d’y intégrer la plupart des groupes proto-punk (Stooges, MC5, Velvet Underground), la plupart de la scène CBGB (Ramones, Blondie, Television, Suicide), du post-punk (Joy Division, Raincoats, The Slits, Gang of Four, PiL) des groupes des années 80/90/00/10/20s s’inspirant plus ou moins du genre que ce soit du grunge (Nirvana), du Riot grrrl (Le Tigre, Sleater-Kinney, Bratmobile) ou du post-hardcore (Fugazi, Hüsker Dü).

Malheureusement, la liste est 100% anglophone. Les quelques groupes internationaux comme les Suédois de Refused, les Danois d’Iceage ou les Suissesses de Liliput chantent aussi en anglais. Allons même plus loin, la sélection reflète aussi largement un positionnement nord-américain: les Anglais ne sont pas traités à la même enseigne que les Etats-Uniens avec beaucoup d’absents dans leurs rangs comme les Stranglers, Undertones, Sham 69, UK Subs, Adverts, Generation X ou The Ruts. Pire, la scène australienne est presque absente, à l’exception de The Birthday Party: où sont par exemple The Saints et Radio Birdman ?

Rolling Stone US a joué l’ouverture en choisissant d’évoquer des groupes pas strictement punk. Le positionnement est louable mais de ce fait, le classement ne rend pas justice au punk. Il y a trop d’absents notables et trop de présents qui pourraient ne pas y être. Par exemple, est-ce bien raisonnable de mettre Nevermind de Nirvana à la septième place? Je peux complètement entendre la présence de Nirvana, mais j’aurais opté pour un disque plus sec comme Bleach plutôt que le très produit (et fondamentalement classic rock) Nevermind. Est-ce logique que l’album des Modern Lovers de 1976 se retrouve à une modeste 49e place quand Sleater-Kinney pointe à la cinquième. J’aime beaucoup Sleater-Kinney mais si on s’en tient au punk, ne serait-ce pas plus logique de considérer avec un peu plus d’égard un des groupes pionniers du genre ?

Dans le même genre d’idée: intégrer les groupes proto-punk c’est une idée intéressante, mais dans ce cas là pourquoi placer le Velvet Underground (33e) devant le MC5 (85e) ? Et pourquoi Death ou la compilation Nuggets sont absents ?

D’une manière générale, ce classement de Rolling Stone US réécrit l’histoire et ne donne pas assez de contexte. L’ensemble manque ainsi de cohérence et d’une colonne vertébrale claire. Peut-être qu’il aurait fallu un meilleur travail sur la définition du genre et l’éventuelle pondération de disques dans des styles annexes.

RYM n’est pas plus précis

Un tour sur la catégorie punk-rock de RYM ne donne pas une image plus juste et mieux contextualisée du punk-rock. En quatrième place et sixième place on retrouve My Chemical Romance ! Aucun album des Ramones dans le top 10: le premier est à la treizième place. Des marottes RYM trustent des places, notamment Jeff Rosenstock (#8, #16, #20) ou ses groupes The Arrogant Sons of Bitches (#11) et Bomb The Music Industry (#18 et #25). RYM étant un site communautaire, il n’y a pas de pondération. De ce fait des disques de genres populaires vont souvent très bien se placer dans des genres qui le sont moins. Cela donne une vision erronée de la réalité. Par exemple, dans la catégorie power pop, Jeff Rosenstock place trois albums avant Big Star !

Des classements avec du contexte

Tout cela me rappelle mon récent texte autour du trip hop et de la présence (pour certaines personnes) de Gorillaz dans ce style (lien). J’entends que les genres soient un peu nébuleux quand on commence à s’intéresser à la musique, mais, au delà des esthétiques, ils racontent aussi une histoire de la musique populaire, avec son contexte spécifique.

Dans le cadre de RYM comme de celui de Rolling Stone US: il n’y a pas de prise en compte suffisante du background. Faire du punk en 1976 n’a pas exactement la même signification que cinquante ans plus tard. L’environnement est différent, les combats différents. Tout cela conduit à une forme de réécriture musicale dommageable pour celles et ceux qui souhaitent comprendre la musique à un niveau moins superficiel.

De surcroît, en jouant l’ouverture, comme le fait Rolling Stone US, on donne aussi moins de place à des disques qui mériteraient un peu de lumière. Le cas de la scène australienne est ici vraiment notable. The Saints ou Radio Birdman sont des pionniers, au niveau mondial, du punk-rock et les voilà absents d’une liste qui célèbrent le genre et place Nevermind dans son top 10 ! Il ne s’agit pas ici d’être réac mais d’une forme de justice. En un sens, la liste, très poptimiste, de Rolling Stone doit comporter ce genre de disques, légèrement en dehors des canons du genre, mais elle doit aussi pondérer leur place. Un classement punk doit, en effet, s’effectuer sur des critères qui sont spécifiques à cette musique, comme le contexte. Ce n’est pas le cas chez Rolling Stone US ou RYM.

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