OPINION: BrooklynVegan, un nouveau coup dur pour la presse musicale

Le 4 août dernier, Jacob Daneman, un utilisateur de Twitter/X, annonçait la fin imminente de BrooklynVegan, l’information a été confirmée le lendemain (source). Veeps, a maison mère, détenu par Live Nation et des musiciens du groupe punk Good Charlotte, a annoncé la fin du site, le licenciement de l’ensemble des équipes. Cette nouvelle ne concerne pas que BrooklynVegan. Le vénérable Alternative Press (fondé en 1985 à Cleveland), Revolver (média spécialisé metal) et Goldmine sont aussi concernés ! Pour la petite histoire, Goldmine est un magazine dédié à la collection de vinyle, l’équivalent US de Jukebox Mag pour nous autres Français ! Son expertise dans le domaine est reconnu au point d’avoir formalisé/standardisé les règles d’évaluation de l’état des vinyles, les fameux grading comme VG+ ou NM !

BrooklynVegan, un bastion de la musique indépendante

Si BrooklynVegan n’est pas aussi connu que Pitchfork ou Stereogum dans le grand public, sa réputation dans les cercles indie n’est plus à faire depuis ses débuts en 2004 ! Loin de l’image lisse colportée par d’autres webzine, BrooklynVegan gardait largement de son aura et restait un relai très important à toutes les échelles, en particulier pour la scène US rock indépendante. Le site gardait la cote auprès des professionnels, notamment les groupes, labels et RP.

Une nouvelle victime de la private equity ?

Quand un truc se met à ne plus fonctionner aux USA on accuse souvent la Private Equity c’est à dire des entreprises spécialisées dans la valorisation des boîtes, parfois avec des méthodes musclées. Ici il serait aisé d’identifier les musiciens de Good Charlotte et Live Nation comme les fossoyeurs de BrooklynVegan et ses camarades. Je ne porte aucune affection à ce groupe et je déteste le vendeur de ticket de concerts mais s’en tenir à cette analyse ne va pas apporter de solutions aux prochains BrooklynVegan.

Le capitalisme est froid, il défend l’argent: OK on sait tout cela. Si BrooklynVegan gagnait de l’argent, ou n’en perdait pas, ses propriétaires seraient certainement bien plus enclins à conserver le site fonctionnel compte tenu de la mauvaise image que cela donne de fermer. J’ai moi même vécu une fermeture il y a quelques années, quand Magic canal historique s’était arrêté. L’actionnaire principal cramait du fric, nous (les pigistes) on n’en gagnait pas (ou de manière anecdotique): à un moment donné, il a rendu les armes malgré son affection profonde pour le titre.

On peut en vouloir aux propriétaires de ne pas avoir cherché de solutions mais il y en a-t-il vraiment ? Soyons un peu programmatique, BrooklynVegan se mange le même mur que Pitchfork, Stereogum ou même la partie éditoriale de Bandcamp. D’ailleurs vous avez vu, Bandcamp a repris du poil de la bête non ?

Un contexte très défavorable

La presse musicale n’est pas dans une posture simple de manière générale. Le volet internet a, de surcroît, des problématiques spécifiques et très sérieuses.

Il y a une crise de fond sur l’internet desktop. En effet, aujourd’hui, on accède principalement à internet à travers un téléphone et quelques applications, généralement des réseaux sociaux, comme Instagram, TikTok ou X. Ces réseaux sociaux, au départ, faisait comme Google ou les webrings, office de hub (des nœuds) pour accéder au reste d’internet. Depuis quelques années, la stratégie a radicalement changé. Insta, facebook et consort ne cherchent plus à être un relai mais la destination finale ! Ce sont devenus des systèmes fermés ne cherchant pas à redistribuer le trafic mais à l’absorber.

Cette mutation de l’internet s’accompagne aussi d’un désamour de l’écrit au profit de l’oralité. Plus que les journalistes, les influenceurs font les yeux doux aux marques et au grand public. Sans surprise, il y a un blues du journalisme musical et plus généralement de la profession.

Que faire ?

Personnellement je reste profondément à l’écrit et j’essaye régulièrement de le défendre ici même. Je pense qu’il existe un espoir, à condition de prendre conscience de la fragilité de l’écosystème. Plutôt que se lamenter sur la disparition sinistre de BrooklynVegan, Alt Press ou Goldmine, essayons collectivement de protéger ceux qui restent. En plus de l’argent (le nerf de la guerre), il existe des méthodes gratuites et utiles: reposter des liens sur ses réseaux sociaux pour passer le mot !

Comme pour les labels ou les disquaires, le mieux reste ainsi encore d’aller régulièrement les fréquenter, les lire… Si la presse musicale en ligne reste au cœur de notre rapport à la musique, alors elle trouvera un cheminement pour continuer d’exister.

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