OPINION: les vinyles neufs sont trop chers

Il n’est pas rare désormais de voir des vinyles neufs simples à 30 euros ou plus, des prix complètement déments. Les vinyles neufs sont trop chers et c’est un vrai problème. En décembre dernier j’alertais de la situation des disquaires indépendants mais ils ne sont pas les seuls à être impactés potentiellement à terme par cette augmentation générale des prix.

Pourquoi les vinyles neufs sont trop chers?

Pendant presque 20 ans, le prix des vinyles neufs (pour un LP simple) ont tourné autour des 15-20 euros. Désormais les labels les plus consciencieux les mettent autour de 20 euros, ceux qui font attention dans les 22/23 et le plus souvent au dessus de 25 voir dans les 30 euros. L’inflation ne semblait que toucher marginalement le support mais plusieurs raisons ont conduit à chambouler cette économie:

Les matières premières et l’énergie ont fait un bond qui a sérieusement fait augmenter les prix pour la production des vinyles. Cependant cette augmentation n’explique pas tout financièrement, il y a eu aussi une politique plus agressive de la part des majors et la perpétuelle diminution d’autres sources de revenus pour certains labels/artistes du fait du streaming.

Si pour beaucoup d’amateurs dans les cercles indépendants, le revival vinyle semble se tasser, parfois au profit du CD, les ventes continuent d’augmenter, y compris en 2023. Le marché est cependant porté par des artistes pop comme Taylor Swift (qui vend des millions de vinyles aux Etats Unis!) ou des valeurs sûr comme Fleetwood Mac. Ces succès cachent alors une situation plus nuancée.

Est-ce vraiment un problème ?

À court termes, les vinyles trop chers ne sont pas un problème pour tout le monde. Les faits sont là: les ventes continuent d’augmenter alors que les prix ont explosé. Je pense qu’il existe désormais deux marchés distincts dans le vinyle: les gens qui écoutent les disques et ceux qui soutiennent des artistes.

Traditionnellement les vinyles étaient un moyen de découvrir et apprécier la musique. Avant le streaming et ses algorithmes, les gens achetaient des disques chez leur disquaires pour les écouter. Désormais de nombreuses personnes achètent des vinyles sans forcément les écouter mais comme un témoignage de soutien envers un artiste qu’ils apprécient particulièrement.

Si vous achetez des disques sans les avoir préalablement poncés sur un site de streaming, payer 30 euros devient un évident frein. Pour soutenir le plus fort possible un artiste que vous adorez payer 30 euros c’est très acceptable en revanche.

Les conséquences des vinyles trop chers

À plus long terme, les vinyles trop chers ont cependant des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème de la musique, en particulièrement indépendante.

L’inflation touche tout le monde et nous sommes ainsi obligés d’arbitrer. La part dédiée à l’achat de disques ne peut être ainsi, qu’au mieux que stable, au pire en baisse. Dans l’éventualité où elle est stable: les passionnés achètent moins de disques différents avec la même somme.

L’augmentation du prix des vinyles réduit ainsi la prise de risque et incite à se diriger vers les valeurs sûres. Ces valeurs sûres sont du coté des majors ou des labels de rééditions, plutôt que dans les catalogues des labels qui défendent la nouveauté. Bref: les petits artistes et labels sont souvent les premières victimes des vinyles trop chers.

Je le constate moi même dans mes achats, j’achète nettement moins de nouveautés que par le passé. Entre un disque d’un groupe inconnu, potentiellement décevant, neuf à 25-30 euros et trois disques d’occasion (ou une double compilation de qualité en neuf) pour le même prix: le choix est vite fait.

Pour les labels indépendants: chaque projet coûte plus cher et met plus de temps à être amorti, donc ralentissement des signatures. Je pense que ça impacte aussi la presse musicale dont les budgets dépendant souvent de la publicité des labels. Si ces derniers sont de moins en moins nombreux à pouvoir se permettre d’en prendre, le rapport de force s’inverse au détriment de l’écrit.

Pas de solution miracle

À part baisser les tarifs ? Mais qui aurait intérêt à le faire ? La demande chez les presseurs est toujours au beau fixe ! Du coté des majors: pourquoi se priver de cet argent ?

Je ne suis pourtant pas convaincu que la disparition des consommateurs de vinyles qui achètent pour écouter soit une bonne chose. Cela rétrécit le marché et oriente la demande vers quelques références avec le risque que celles-ci passent de mode à un moment donné.

Le cas de 30 d’Adele est un bon exemple. Le vinyle a créé une situation de tension extrême dans les usines de pressage mais son (relatif) échec a conduit le label a mettre le vinyle dans les solderies.

Et vous quel est vôtre opinion sur le sujet ? avez vous changé votre manière d’acheter de la musique ? Quelles solutions pourraient émerger ?

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