Aujourd’hui, intéressons nous à un monument du cinéma nord-américain: Rocky (1976) de John G. Avildsen, avec Sylvester Stallone.
Depuis 2006 inscrit au National Film Registry, Rocky est un classique des années 70, à juste titre. Il existe un certain parallèle entre le parcours de Rocky Balboa et son créateur: Sylvester Stallone. Figurant et acteur de série B, l’acteur peine à décrocher des grands rôles. Il écrit le scénario de Rocky en s’inspirant d’un combat entre Mohamed Ali et Chuck Wepner. Tous les studios se battent pour produire le film mais personne ne souhaite y voir Stallone, dans le premier rôle. Ce dernier tient bon, le film se fait finalement pour un budget modeste. La suite on la connaît: le film est un énorme succès et Stallone devient une star internationale !
Il y a une anecdote très révélatrice de la situation de l’acteur avant Rocky : il doit vendre son chien Butkus faute de pouvoir le nourrir. En vendant son scenario (finalement !), il peut alors racheter le toutou pour un prix bien supérieur. Butkus apparaît alors dans les deux premiers films de la franchise. Bref Rocky c’est ça: une histoire d’underdog qui a quelque chose à prouver et va y arriver magistralement. Comment ne pas être séduit par la beauté de ce discours presque universel ? Certes, Rocky a une dimension très étatsunienne, tourné à Philly (pas un hasard) dans son propos et sa philosophie, mais tout le monde peut être touché par la rage de vivre et les trippes de Rocky Balboa.
Le film en lui même est un trait d’union entre les valeurs du Nouvel Hollywood et les blockbusters de la fin de la décennie. Très naturaliste, parfois même tourné sans autorisation (la scène de jogging), Rocky impressionne aussi par sa scène de combat final, absolument homérique et magnifique conclusion à l’ensemble. Il est à la fois un film intime, au plus proche de la réalité mais porté par un souffle qui renvoie aux grands classiques du cinéma. Par certains aspects, il est aussi un négatif d’un autre film de John G. Avildsen: Joe c’est aussi l’Amérique (1970). Deux histoires de revanche, l’une sur la vie, l’autre personnelle, deux issues, une positive et l’autre horrible. Le réalisateur signera plus tard Karaté Kid (1984) !
Dans sa première partie, Rocky a quelques longueurs mais tout cela nous mène à cette scène de combat d’un réalisme saisissant. La romance avec Adrian (jouée par Talia Shire) et les scènes de vie quotidienne ne sont pas la plus grande réussite du film, parfois ça manque d’un petit quelque chose. Le jeu de Stallone s’y révèle un peu laborieux (pas complètement de sa faute). En revanche l’affrontement de boxe est inouï. C’est violent, cru mais pas gratuit. Il y a vraiment un truc qui prend aux trippes dans ce combat contre Apollo Creed. On y croit. La musique de Bill Conti, collaborateur très régulier d’Avildsen, est aussi particulièrement mémorable, presque un personnage du film à part entière ! L’aura de Rocky doit aussi aux thèmes disco de Conti, comme Gonna Fly Now. Dans l’imaginaire commun, les deux sont liés à tous jamais.
Bref Rocky a ses défauts, un rythme un peu lent aux yeux des années 2020 mais il garde une force émotionnelle unique, une exaltation singulière de la vie, cette fureur d’en découdre et de sublimer l’épreuve. Rocky reste ainsi un film d’une grande portée. Son faible budget n’entache certainement pas l’intensité qu’il a. Rocky est un classique indéniable, ses défauts sont vite balayés par la puissance émotionnelle.
note personnelle: 4,5/5







