J’ai eu envie d’écrire cet article autour de la découverte musicale autonome en croisant plusieurs réflexions que je me suis faites récemment. D’un côté j’avais envie de commenter un tweet autour de l’inutilité (supposée) des genres musicaux, de l’autre je fais un peu le tri de mes idées autour de l’importance de la démarche active dans la découverte musicale. Le premier est un excellent moyen de déclencher le second. Tout cela m’a amené à formuler le texte que vous allez lire ! Ces questionnements fonctionnent aussi très bien pour la découverte dans d’autres domaines: cinéma, série, littérature, artistes etc.
Découverte autonome ou active ?
J’aurais pu opter pour évoquer la découverte active plutôt qu’autonome. Ce premier terme peut, cependant, avoir, en miroir, une connotation négative. Qui dit actif dit passif : et je parle bien sûr de musique ! La notion d’autonomie exprime aussi le besoin d’indépendance, notamment vis-à-vis des algorithmes des plateformes sans pour autant dénigrer cette forme de découverte. Elle a aussi ses qualités.
Pourquoi chercher par soi-même ?
Après tout, ces fameux algorithmes sont très efficaces et cernent souvent mieux que nous, nos goûts. Il y a pourtant quelques périls à laisser des grosses compagnies dans le style de Spotify, gérer ce que l’on aime, à notre place.
Ces entreprises peuvent tenter d’influencer nos goûts et créer des tunnels, vers du contenu qui les arrange. Cela peut, par exemple, prendre la forme de musique générée par de l’IA (avec moins de droits à payer) ou de la production propre (comme sur Netflix). Certains auditeurs de Spotify constatent d’ailleurs que la plateforme leur recommande souvent de la musique visiblement générée par de l’IA (source). Au-delà de l’IA générative, c’est aussi le système de payola de Spotify (Discovery Mode) qui est douteux (source). Contre une moindre rémunération des écoutes, Spotify pousse les artistes en question.
Les algorithmes sont des outils basés sur des formules mathématiques, mais ils ne sont pas neutres pour autant. Si vous traînez sur Instagram, vous êtes bien placés pour vous en rendre compte. Nous voyons ce que la machine souhaite que nous consultions, plutôt que le contenu créé par nos amis. Ne croyez pas que cela soit tellement différent pour la musique, quand vous laissez la machine aux commandes.
le plaisir de la découverte autonome
Découvrir par soi-même active des récepteurs de récompense. Il y a quelque chose de grisant à tomber sur des chansons qui nous plaisent, en ayant fait nous même la démarche. Cela replace la musique au centre au lieu de la déporter à une activité connexe. Vous voilà avec votre pelle et pioche à creuser en quête de diamants bruts.
Nous sommes je pense nombreux à avoir des phases de doute. Il existe des formes de déprime de l’abondance et d’anhédonie algorithmique à force de doomscroller ou piocher dans les récos toutes faites. Reprendre le contrôle permet de redonner du sens à cette démarche. On retrouve le plaisir d’explorer la musique et créer son cheminement personnel.
Comment découvrir « efficacement » de la musique ?
Pour laisser un peu plus de la place à la découverte personnelle et autonome, il est important de développer quelques techniques pour découvrir de la musique. Si j’ai écrit quatre articles sur le sujet, voici quelques réflexions qui me viennent en vrac maintenant.
La découverte musicale autonome doit être un plaisir et donc être assez efficace. Si vous y passez du temps mais que vous pédalez dans la semoule, cela sera une corvée. En revanche si le temps consacré est modeste mais le retour important: vous allez adorer !
Revenons à mon introduction. Je trouve que les genres musicaux sont une excellente approche justement. Vous découvrez un groupe qui vous plaît, souvent les autres formations dans un genre similaire pourraient vous intéresser. Il sera en tout cas facile de trancher rapidement. Bien sûr, à travers les algorithmes on peut faire quelque chose de similaire mais on est orienté par le propriétaire de la plateforme de streaming. Ses intérêts (économiques etc.) ne sont pas les nôtres. Quand on le fait par soi-même, ce sont des humains qui ont classé ces musiques. Certes ils ont leurs défauts mais à travers la variété des approches, il y en aura pour vous !
Une hygiène de vie
D’une manière générale, la découverte musicale autonome est une hygiène de vie. Cela passe par aller chez les disquaires, consulter des sites internet (webzines ou sites encyclopédiques comme RYM ou AllMusic), aller sur des réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instagram, Reddit) ou écouter des émissions spécialisées à la radio. Rassurez-vous, cela ne nécessite pas nécessairement de gros investissements personnels ! Surtout, le cheminement est aussi intéressant que le résultat.
Comme Indiana Jones vous voilà en quête de nouveaux joyaux à ajouter à votre carte mentale de la musique. Tout cet effort permet de donner du sens à l’ensemble de la photographie plutôt qu’à accumuler des petits bouts éparpillés façon puzzle. De ce sens trouvé naîtra aussi la satisfaction.
Ne pas dénigrer les algorithmes
Les algorithmes sont séduisants car ils sont très efficaces. À travers la masse d’informations qu’ils obtiennent de nous, ils tirent de précieux renseignements. On peut donc tout à fait s’en servir sans en avoir honte ou s’en sentir coupable. Le sujet est ailleurs. Il faut plutôt nous interroger sur notre dépendance vis-à-vis de certaines technologies maîtrisées par peu d’acteurs. De là est née ce plaidoyer pour la découverte musicale autonome. De surcroît, je pense qu’elle amène davantage de joie et d’enthousiasme dans nos existences. Il est étourdissant d’être, à travers une démarche personnelle, à l’origine d’une découverte. Tout cela participe à la singularité de nos goûts et aussi à nous affirmer comme individu: ici, on n’est pas dans Pluribus !







