OPINION: CroqMac versus Grok

Il y a trois ans de cela, à la fin de l’année 2023 et début 2024, j’avais testé ChatGPT sur ses capacités à générer du texte autour de différents sujets tels que le premier album de Jacques Dutronc (lien) ou Odessey and Oracle des Zombies (lien). Le résultat ne m’avait pas bluffé. C’était générique, dans l’emphase et peu pertinent.

Entre temps, mon point de vue sur l’IA a changé. Les intelligences artificielles génératives ont énormément progressé. On peut désormais envisager de leur trouver des usages concrets et expérimenter avec. De ce fait il m’apparaissait intéressant de tester à nouveau la machine. J’ai proposé à Grok cette fois-ci de me donner sa version.

Le prompt donné à Grok

J’ai proposé un prompt très simple et volontairement vague à Grok: Pourrais tu rédiger une chronique du premier album de Jacques Dutronc (1966), entre 300 et 500 mots.

L’idée était de tester la capacité de l’IA à faire quelque chose à partir d’une demande assez généraliste et donc sans aide humaine. Ci dessous, le résultat, le titre est de Grok lui même ! En italique les paragraphes générés par IA accompagnés de mes commentaires en regular (sauf titres etc.).

Chronique : Jacques Dutronc – Jacques Dutronc (1966), l’explosion d’un dandy rock

En cette fin d’année 1966, alors que la vague yé-yé commence à s’essouffler et que les premiers frémissements psychédéliques traversent l’Atlantique, un certain Jacques Dutronc fait irruption sur la scène française avec une nonchalance qui va tout balayer. À 23 ans, l’ancien guitariste de studio (qui a accompagné Eddy Mitchell ou Gene Vincent) devient, presque par accident, la nouvelle icône d’une jeunesse qui cherche autre chose que les bluettes sucrées. Son premier album, sobrement intitulé Jacques Dutronc (comme le seront les six suivants), est une bombe. Il s’installe directement à la première place des charts français, se vend à plus d’un million d’exemplaires et décroche un Grand Prix du Disque spécial de l’Académie Charles Cros.

Une introduction propre. Grok évoque bien le contexte sans fausses notes. On peut certes débattre sur le fait que la vague yé-yé s’épuise vers 1966 mais c’est un point de vue qui se défend tout à fait. C’est bien d’avoir pensé à mentionner son travail de musicien d’accompagnement. Peut être que son rôle d’arrangeur aurait pu être mentionné.

Produit dans l’urgence avec le complice Jacques Lanzmann aux paroles, l’album compile les premiers succès sortis en EP : Et moi, et moi, et moi, Les Play Boys et Les Cactus. Dès l’ouverture avec Les Play Boys, le ton est donné. Sur un riff garage énergique, Dutronc croque avec ironie les beaux gosses du moment, ceux qui « ont des chemises à fleurs et des vestes à carreaux ». Le cynisme élégant et la diction traînante du chanteur tranchent radicalement avec les chanteurs romantiques de l’époque. Les Cactus reste sans doute le morceau le plus emblématique : « Le monde entier est un cactus / Il est impossible de s’asseoir ». Derrière le rythme sautillant et l’orgue virevoltant se cache une satire féroce de la société moderne, où tout le monde finit par vous piquer. Le morceau incarne parfaitement l’esprit Dutronc : swingant, moqueur, jamais dupe.

Très bien d’avoir mentionné Jacques Lanzmann c’est un élément essentiel autour de cet album. On note une erreur: Les Playboys est un des rares morceaux à ne pas être énergique sur l’album !

L’album ne se limite pas à ces hits. Et moi, et moi, et moi capture avec génie l’égoïsme d’une époque (« Je pense à moi, et puis à moi, et puis à moi »), tandis que J’ai mis un tigre dans ma guitare ou Sur une nappe de restaurant déploient un rock-blues rugueux et jubilatoire. On sent les influences britanniques et américaines (Kinks, Beatles, rhythm’n’blues), mais digérées avec un flegme typiquement parisien. Dutronc ne copie pas : il s’approprie et transcende. Comme l’a noté l’historien Larry Portis, il représente avec Michel Polnareff l’un des premiers vrais apports français originaux au rock.

Je n’aurais personnellement jamais mentionné « rock-blues » pour Jacques Dutronc ou même plus généralement; blues rock me semble plus logique. Je ne sais pas si je mentionnerai les Beatles mais les Kinks est la référence internationale la plus appropriée selon moi. Je ne partage pas le point de vue de l’historien mais il peut se discuter/débattre.

Musicalement, l’album est d’une vitalité étonnante : guitares tranchantes, batterie nerveuse, orgue Hammond et cette voix nonchalante, presque parlée, qui deviendra sa marque de fabrique. Les arrangements sont efficaces, parfois minimalistes, toujours au service d’une écriture acérée qui mélange humour, provocation légère et observation sociale. Cinquante ans plus tard, cet album sonne encore étonnamment frais. Il a posé les bases d’un style unique : le rock français chic, ironique et intelligent. Dutronc n’était pas seulement un chanteur ; il était déjà un personnage, costume impeccable, cigarette aux lèvres et regard blasé. Avec ce premier disque, il n’a pas seulement conquis les charts : il a inventé une posture qui influencera des générations, de Bashung à certains artistes de la nouvelle scène française. Bref, un classique absolu du rock hexagonal, indispensable et jubilatoire. Un coup de maître dès le premier essai.

Cette conclusion est solide. Pas grand chose à redire dessus, je partage assez cette analyse.

Conclusion

La première fois, en 2023, avec ChatGPT, sur ce même sujet, je n’avais pas été bluffé par le rendu. Là, il saute aux yeux que les IA génératives (comme Grok) ont beaucoup progressé. Ce n’est pas parfait mais le texte est cohérent, apporte du contexte et des références pertinentes. En dehors de la fausse note autour des Playboys, il n’y pas d’erreurs factuelles ni de contresens. Certaines affirmations sont discutables (la fin des yé-yé, premier apport majeur du rock français avec Polnareff) mais peuvent justement se discuter.

Pour chipoter: le texte manque peut-être d’un peu de souffle et d’un fil conducteur plus fin. Pour autant, en testant Grok en brut, c’est à dire sans faire un prompt raffiné, on a déjà quelque chose d’assez détaillé et approfondi. Soyons fou: ce texte est meilleur que si on avait demandé à une personne normale de le rédiger. En affinant le prompt par itération, je suis convaincu que Grok est capable d’écrire quelque chose d’encore plus abouti. Je n’a pas envie spécialement de lire l’avis d’une IA sur un disque, mais c’est indéniablement faisable. Sériez vous en mesure de vous apercevoir qu’il s’agit d’un texte généré par une machine ? Que pensez vous du résultat ? Est-ce que Grok pourrait vous tromper ? D’autres sujets sur lequel je devrais faire un test ?

Les illustrations sont aussi de Grok et le résultat n’est là pas fameux. La ressemblance avec Jacques Dutronc ne saute pas aux yeux. J’ai ajouté le titre bien sûr sur la première !

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