Les Young Sinclairs sont un groupe précieux et rare. Depuis presque 20 ans, la formation de Roanoke (Virginie) construit patiemment une magnifique discographie pour les adeptes de folk-rock et garage-rock. Le 1er mai dernier (2026), ils revenaient avec Cycles Turning, un nouvel album balancé, presque en catimini, sur bandcamp.
Découvrir cette formation, au début des années 2010, fut une révélation pour mon frère et moi. Nous avons tout de suite été charmés par Chimeys (2010) et The Songs of Young Sinclairs (compilation, 2010). Cette admiration s’est vite transformée en une collaboration de plusieurs années. Nous avons ainsi sorti deux 45 tours exceptionnels du groupe en 2013 (Hurt My Pride et New Day). Le groupe a ensuite rejoint, temporairement le label de Cornershop (Ample Play) pour un très bon LP en 2014: This is The Young Sinclairs (ma chronique de l’époque). Ils sont revenus chez Requiem Pour Un Twister pour un album (Out of the Box, 2019) et un single en 2021, une collaboration avec les excellents Hanging Stars.
Ainsi, avant Cycles Turning, nous étions sans nouvelle du groupe depuis cinq ans. Pour autant ses membres, et en particulier Samuel Jones Lunsford, ont sorti quelques albums entre temps, notamment sous le pseudonyme de Stimulator Jones, dans un registre R&B. Après deux disques chez Stones Throw, sous ce pseudonyme, Samuel a récupéré sa liberté, le voilà donc à renouer avec les Young Sinclairs, pour notre plus grand plaisir.
Au delà du rapport amical que nous entretenons à distance avec les Young Sinclairs, il y a cette joie de retrouver un des groupes inspirés des sixties, les plus doués de ces vingt dernières années. Dans les héritiers des Nuggets, les Young Sinclairs se sont créés une place particulière, comme Triptides par exemple. Peut être du au relatif isolement de la Virginie, par rapport à des centres névralgiques comme New York, Chicago ou Los Angeles, le groupe a toujours eu une approche humble de la musique. Plutôt que de chercher à être criard et donner dans l’épate facile, les Young Sinclairs édifient patiemment des chansons qui restent. La forme est éminemment sixties, Samuel se place ainsi de notre côté, celui de l’amateur de rock sixties. Toutefois, les Young Sinclairs ont une grâce mélodique rare et précieuse.
Cycles Turning ne fait d’ailleurs pas exception à la règle. Le groupe nord-américain revient particulièrement en forme. En treize morceaux, la formation déroule ses marottes habituelles, avec délicatesse et finesse. Deceit Again (signé Ben Hudson) est un hommage appuyé aux Rolling Stones quand Tunnel Walls est un des meilleurs morceaux garage-rock sixties entendus depuis quelques années: nerveux avec cette morgue qui gonfle la confiance à bloc. Patience (de John Pence) donne le change aux Flamin’ Groovies de Shake Some Action, le morceau rappelle aux bons souvenirs de titres comme Yes it’s True ou I can’t Hide. Là les Young Sinclairs s’éprennent de dream pop sur les très jolies You are the Reverie (qui porte bien son nom) ou la planante Reversible. Le BJM n’est jamais loin non plus (Don’t You Know). Enfin, les Young Sinclairs font aussi ce qu’ils font si bien: du folk-rock à faire décoller les amateurs des Byrds. Là on peut citer presque tous les autres morceaux de Cycles Turning ! Le morceau titre lui même pourrait s’intercaler entre 5D et Younger than Yesterday. Quelques autres merveilles: Evergreen Ln, Never find a Reason, Emerald Green, ou Tail Light.
The Young Sinclairs est un des meilleurs groupes contemporains inspirés des années 60. Avec Cycles Turning, la formation propose l’un de ses albums les plus aboutis. Comme d’habitude, il y a ce côté bonne franquette, avec des changements de styles : ce n’est pas un défaut ! À l’inverse de certains albums monotones, les Young Sinclairs pensent aussi à ce qu’ils aimeraient, eux même, entendre. Ce partage et cette générosité irriguent les chansons. Indéniablement le groupe ne cherche plus à établir un plan de carrière mais à se faire plaisir. Et pourtant, qu’ils sont bons et méritants !
note personnelle: 4,5/5







