La coupe du monde de football vient de se terminer. Les Espagnols ont logiquement triomphé d’une Argentine, absente pendant la finale, après un parcours étonnant. Ce tournoi de football m’a parfois rappelé à quel point le chauvinisme est présent dans le sport. Paradoxalement, si l’on trouve un fort soutien pour le Onze des Bleus dans la population hexagonale, je n’ai jamais ressenti une attitude supportrice similaire pour la musique rock d’ici, au contraire victime d’être française. Pourquoi ce paradoxe ?
Le chauvinisme ?
Le terme Chauvinisme vient d’un soldat français du Premier Empire: Nicolas Chauvin (wiki). Depuis il désigne un patriotisme agressif. Le sport offre souvent de nombreux exemples de ce chauvinisme. À la récente coupe du monde de football, des internautes ont proposé de rejouer la demi-finale contre l’Espagne (la pétition). Ce soutien est beau. Qu’il est chouette de voir les Français réunit par une passion aussi positive que le sport. Ceci étant dit, la mauvaise foi vire parfois aux réflexions d’une violence hallucinante vis à vis d’autres nations.
Le rock: tout l’inverse !
Je défends ici régulièrement la francophonie et la production français indépendante. C’est une de mes marottes personnelles depuis une vingtaine d’années. Je suis toujours vraiment étonné de la difficulté de mes contemporains à accorder du crédit aux groupes français. L’antienne est aussi ancienne que la guitare électrique ou presque ! Dès les années soixante, en plus de devoir essayer de proposer quelque chose, les groupes français ont du essayer de se faire accepter par les leurs (Henry Cording, Martin Circus etc.).
Pas de chauvinisme en musique, en effet, les premiers à détester et dénigrer le rock français sont les Français eux-même. La fameuse citation attribuée à John Lennon sur le vin anglais est plus connue dans l’Hexagone qu’en Angleterre ! Peuple attentiste par excellence : nous avons besoin de la validation des étrangers pour accepter qu’un groupe d’ici soit cool.
Les exemples sont infinis ! Les Daft Punk enthousiasment la presse anglaise avec leurs premiers maxis chez Soma avant que la sauce ne prenne ici. L’idée même de French Touch résume ce paradoxe: elle est définie par les autres (les Anglais) et non nous. Phoenix star aux Etats Unis, Tahiti 80 plus connu en Asie qu’en France. Nul n’est prophète dans son pays, surtout pas ici ! Même au niveau underground, ce rapport méfiant vis à vis du rock français est marqué. Certains groupes filent logiquement à l’étranger afin de se faire adouber par d’autres. On pense aux Limiñanas, En Attendant Ana ou plus récemment à Alvilda.
Le rock nacional en Espagne et en Argentine
Paradoxalement, l’Argentine et l’Espagne, les deux finalistes de la dernière coupe du monde nous offre aussi un excellent point de comparaison pour le rock. Leur attitude vis à vis de la production domestique est très différente de la notre. Cela commence d’ailleurs dès le nom donné: nacional, celui-ci a une connotation négative en France, contrairement aux deux pays hispanophones.
Chauvinisme ou non, les Argentins sont très fiers de leur rock. Sur internet, ils défendent leurs musiciens, notamment Charly García ou Luis Alberto Spinetta. Comme le soulignait mon camarade Matthieu dans son excellent article sur le rock nacional: les disques argentins sont très présents dans les top du site RYM. Cela a conduit de nombreux étrangers à s’intéresser à ces disques. L’effet, sans être aussi massif que pour la City Pop, n’en a pas moins conduit à une reconnaissance internationale importante.
Un jeune argentin va s’intéresser au patrimoine nationale au même titre qu’aux références internationales. En plus de Cocteau Twins, Bowie et les Smiths, on trouvera Serú Girán ou Pescado Rabioso. En France il y a un chauvinisme inversé. On méprise Indochine ou Téléphone sans chercher pour autant un référentiel underground qui existe cependant (Marie et les Garçons, Les Olivensteins, Taxi Girl etc.).
Si l’on peut argumenter assez facilement que les Argentins ont plus besoin de ce genre de reconnaissance que nous, le cas de notre voisin espagnol est intéressant. Là bas, certains groupes indie sont cultes, notamment Los Planetas, qui sont une référence dans le paysage musical ibérique. Surtout, chaque année, la presse musicale édite un top nacional et un top international ! Un Français aurait facilement l’impression que cela contribue à dévaluer la production locale en la sortant de la concurrence directe des disques internationaux. Les Espagnols n’envisagent pas les choses sous cet angle: la séparation entre national et international ressemble à celle dans la presse quotidienne pour traiter l’actualité. Ce sont juste deux sujets différents. De fait, les groupes nationaux ont davantage d’espace pour s’exprimer et sont plus attendus par les médias le public.
Défendre un peu plus le rock d’ici
Il ne s’agit pas de basculer dans un chauvinisme aveugle. Mais de simplement déplacer un peu le curseur en notre faveur. Le rock français n’est pas seulement victime d’indifférence, il souffre d’un scepticisme profond, parfois intériorisé par les groupes eux-mêmes. Pourtant, il est bien plus riche et intéressant qu’on ne le dit : powerpop, beat, rock garage, post-punk, synth-pop… Des générations ont produit des disques passionnants. En tant que médias, nous avons le devoir de donner une image plus juste et plus saine de cette scène. Un petit supplément de fierté nationale, sain et assumé, ne ferait pas de mal. Il aiderait même nos groupes à rayonner davantage à l’international. Faute de quoi, nous resterons ce curieux peuple qui applaudit à tout rompre ses footballeurs et dénigre tout aussi intensément ses artistes.
Illustration: un caganer de Georges de Lydda, saint patron des Anglais, de la Géorgie et de la Catalogne (Sant Jordi ). Un exemple amusant de chauvinisme avec une pointe d’humour.







