Le 10 août dernier j’écrivais sur la fin programmée de BrooklynVegan dont le contenu devrait rester en ligne mais ne sera plus actualisé. Il est tentant d’y voir l’influence des membres de Good Charlotte ou de Live Nation, les actuels propriétaires du site. Ils font office de croque-mitaine mais cache une réalité moins glamour mais pour lesquels il existe des leviers.
Le croque-mitaine
Il est facile de réduire le monde à des bons et des méchants. Pourtant tout le monde se voit comme étant le bon, à part quelques psychopathes et autres pathologies. Alors pourquoi l’autre serait nécessairement un méchant ? Ce croque-mitaine annonciateur de mauvaises nouvelles et prêt à anéantir le funs et les petits.
Comme je le soulignais dans mon texte sur BrooklynVegan, je ne pense pas que les propriétaires aient pris de gaîté de cœur cette lourde décision, contraire à leurs intérêts (c’est pas franchement sexy d’annoncer une fermeture). Le site devait cramer beaucoup d’argent et ne pas en rapporter: ils ont décidé de juguler la plaie.
Ce n’est pas drôle mais faut-il en vouloir au croque-mitaine ou s’intéresser à des causes plus profondes. Pourquoi BrooklynVegan a été un jour un modèle économique envisageable ? Pourquoi ne l’est-il plus en 2026 ? Cette réflexion amène à voir les choses de manière plus nuancée et éventuellement notre participation personnelle dans la situation actuelle. Oui, nous tous, nos choix ont des conséquences dans le monde réel. Si BrooklynVegan arrivait à maintenir une belle audience, le reste aurait suivi, ou du moins aurait été envisageable. Visiblement ce n’était pas le cas. Il n’est qu’une manifestation de plus (après Hype Machine, les paywalls chez Pitchfork ou Stereogum etc.) de la disparition progressive (et regrettable) de l’internet desktop.
On a tous nos croque-mitaines dans le placard
Je suppose que je dois être le premier à passer sur le grill de l’autocritique. J’ai probablement aussi mon croque-mitaine: Spotify par exemple. Je concentre mes efforts sur cette plateforme en particulier mais j’espère cependant que ma critique est plus générale et dépasse la simple caractérisation de l’ennemi.
En tout cas les croque-mitaines d’aujourd’hui s’appelle la Fnac, Amazon, la politique publique des villes. Parfois ils participent effectivement à l’érosion de certains business et commerces, mais sont-ils à chaque fois les seuls responsables ? N’existe-t-il pas des leviers pour contrer les supposés effets négatifs ?
Il existe des leviers
Personnellement je pense qu’il existe des leviers pour agir. Dans le cas de BrooklynVegan la solution était très simple mais nécessitait d’être mise en place largement plus tôt: continuer de fréquenter le site, le repartager. Bref si BV était encore au centre de l’action alors son croque-mitaine n’avait aucune raison de couper les vivres.
Cette réflexion est valable dans de nombreux domaines: nous avons tous la possibilité, à notre niveau, d’agir et préserver ce qui compte à nos yeux. Nos préférences individuelles, nos flemmes, nos envies s’agrègent et forment finalement un discours cohérent. Le croque-mitaine est une figure commode mais superficielle pour s’interdire d’agir.
illustration: Francisco de Goya, un détail de La Procession à l’ermitage Saint-Isidore, un tableau de sa série des peintures noires.







