En 2005, naissait le site Hype Machine (lien). Pendant quelques année, à la fin de la décennie 2000, l’agrégateur américain est la référence absolue pour la musique de niche. Aujourd’hui la preuve sociale est valorisée à travers les vidéos virales de TikTok et les chiffres d’écoute de Spotify. À l’époque, pour la musique indie, c’était Hypem la référence. Tout le monde allait dessus, des genres entiers en ont profité (la blog house), puis tout a basculé, Hype Machine a perdu une grande partie de son aura auprès des professionnels.
Billboard versus Hype Machine
Dave 1 de Chromeo a un jour dit en interview: c’était Billboard versus Hype Machine : la presse mainstream les couvrait, les blogs nous couvraient. Cette citation restitue totalement l’ambiance de l’époque.
Au milieu des années 2000, le poptimisme n’était encore qu’une idée discutée dans certains cercles journalistiques, loin d’être une ligne éditoriale dominante. Le texte fondateur reste « The Rap Against Rockism » de Kelefa Sanneh, publié dans le New York Times en octobre 2004. La grande majorité des blogs et webzines indépendants intègreront ce discours bien des années plus tard. À ce moment là, on ne se posait pas la question. Pitchfork, Stereogum, Gorilla vs Bear et consorts continuaient de défendre avec ferveur la musique indépendante, en poussant, de toutes leurs forces, des groupes comme Clap Your Hands Say Yeah (2005), Tapes ‘n Tapes (2005) ou Arcade Fire (2004).
Quand Hype Machine arrive au milieu des années 2000, la musique underground, rock ou électronique, s’organise autour d’écosystèmes cohérents et militants. Ils sont généralement déterminés à faire émerger les leurs. Le site en devient très rapidement la clé de voûte… avant de disparaître presque entièrement de la psyché collective. La montée et la chute furent rapides et intenses.
Les blogs MP3
L’idée d’Hype Machine est aussi simple qu’efficace. Elle ne pouvait cependant naître qu’à ce moment précis des années 2000. En effet, elle accompagne une autre révolution de cette période: les blogs MP3.
En 2026, ce modèle de site internet frappe par son anachronisme. Les blogs MP3 émergent, eux même, grâce aux plateformes de blogging comme blogspot ou wordpress mais aussi les services de stockage en ligne comme mediafire ou rapidshare. Désormais , peu d’entre nous éprouve le besoin de stocker des morceaux mp3, sur des disques durs. Tout est déporté dans le cloud. Cela est du à de meilleures connexions mais surtout, la réussite spectaculaire du modèle du streaming incarné par Spotify. Un autre point serait déconcertant aujourd’hui: les maisons de disques acceptaient cette idée et l’encourageaient même ! Cela s’apparentait à un exercice de promotion, un peu comme envoyer un single en radio pour le faire jouer.
Les blog MP3 étaient donc à la recherche de pépites pour alimenter leurs pages et participer à la création de la hype autour d’un artiste. Il était dans l’ordre des choses qu’un site les recense, organise les charts et offre un superbe outil de découverte.
le concept d’Hype Machine
Hypem est un agrégateur de sites sélectionnés, entre 300 et 800 selon les périodes. Grâce aux flux RSS le site arrive à détecter les morceaux et les rendre jouable dans son interface. L’utilisateur peut mettre des cœurs et consulter des charts (populaire, viralité etc.). L’infrastructure était payée par les publicités sur le site. Maintenant, Hype Machine survit grâce à ses utilisateurs et un système d’abonnement.
Fondé en 2005 par Anthony Volodkin, Hypem trouve très vite son créneau. La refonte du site en octobre 2007 fait exploser son usage. Désormais scruté par la profession, le site devient une référence et est même cité régulièrement dans la presse, notamment par The Guardian, en 2009 dans leur liste des sites internets essentiels.
Hypemachine était très efficace pour découvrir de la musique. Un lecteur simple, une interface dépouillée et claire, des sites sélectionnés: tout était fait pour inciter à explorer les suggestions. Tous les passionnés de musique de l’époque ont trouvé de quoi satisfaire leur curiosité et animer leur passion grâce à l’agrégateur.
Un déclin brutal
Si l’ascension fut fulgurante, le déclin l’est tout autant. Vers 2011/2012, Hypem perd sa place de social proof de l’industrie.
L’agrégateur dilue le concept initial (proposer des mp3 à travers les sites sélectionnés) en intégrant la possibilité d’être référencé à travers soundcloud ou spotify mais les vraies raisons sont avant tout exogènes. Hype Machine doit affronter un changemement massif des usages: le passage du desktop vers le mobile.
Si le pic de la tourmente a lieu en octobre 2016, pour l’ensemble de la profession, le déclin s’amorce autour de 2012. Cette modification est radicale et dessine encore nos usages actuels. L’internet des années 2000 passait par l’ordinateur fixe, désormais nous consultons surtout à travers nos téléphones.
Hype Machine perd alors une grande partie de ses revenus publicitaires et surtout son interface est parfaite dans le cadre d’une utilisation desktop. Le site subit aussi la montée en puissance des sites de streaming comme Spotify. Choyé par toute l’industrie hier, Hype Machine doit désormais compter sur ses fans pour survivre.
L’agrégateur et nous
Nous avons créé Requiem Pour Un Twister en 2007. Nous postions des morceaux (c’était l’usage à l’époque)et avons eu la chance d’être repéré par Hype Machine. Cela nous ramenait beaucoup trafic ! On a eu un moment viral avec Easy de Tahiti 80 en 2011. Notre blog underground a exceptionnellement attiré au delà de son public habituel.
Un règne court mais marquant
L’ère Hype Machine fut courte, au mieux cinq ans. Pourtant, quelque chose de passionnant s’est joué là. L’indépendance était cool, organisée et visible. Toutes les niches se croisaient dans les fresh lists d’Hypem ! Il y avait cette idée, très maline, de sélectionner les sites présents. Tout cela constituait le point culminant de la curation humaine sur internet.
Désormais, Hypem a été remplacé par des algorithmes. On les pense neutres mais ils sont manipulables (Geese et l’astroturfing). L’industrie du disque cherche ses nouvelles stars à travers les chiffres de Spotify ou la viralité de TikTok. Le geste humain est moins saillant, comme si sa subjectivité était un problème.
Il n’y aura pas de revival Hype Machine mais peut être qu’un jour la curation humaine retrouvera un peu de sa superbe et qu’un site internet (ou plus logiquement une app mobile) s’en fera l’écho. Qu’en pensez vous ? L’époque Hype Machine vous manque ?







