CINEMA: « Alien, le Huitième Passager » (1979) de Ridley Scott

Ridley Scott est un réalisateur agaçant: il est capable du meilleur comme du pire. Si le Britannique a eu de véritables éclairs de génie pendant sa carrière, il est parfois aussi complètement passé à côté. Peut-être que cette humanité, entre génie et banalité, le rend attachant ? Si Hannibal (2001) ne représente pas le haut du panier de ses réalisations, Alien, le Huitième Passager (1979) est, quant à lui, un chef d’œuvre du cinéma fantastique, une merveille à tous les niveaux.

Après un premier film, Les Duellistes en 1977, Ridley Scott s’intéresse à la Science Fiction, sur la base d’un scénario de Dan O’Bannon. Les deux ont été très marqués par 2001, L’odyssée de l’Espace (1968) de Stanley Kubrick. Le scénariste se fait remarquer en écrivant Dark Star avec John Carpenter, son camarade de promo, devenu ami. On propose alors à O’Bannon de travailler sur l’adaptation de Dune par Jodorowsky. Le projet, très ambitieux, finit par capoter. Pourtant, le travail effectué ne sera pas perdu pour tout le monde ! O’Bannon amène avec lui des éléments du storyboard, la collaboration avec les artistes HR Giger (qui créé le xénomorphe, le vaisseau alien) et Moebius dans sa valise.

Alien, le Huitième Passager (1979) est une réussite de Scott mais surtout collective, grâce à la magnifique équipe autour de lui. Tout le monde joue ici sa partition à merveille, y compris le vétéran Jerry Goldsmith, à la manœuvre de plusieurs scores pour la saga La Planète des Singes. Ici sa participation est subtile et met parfaitement en valeur les magnifiques images de Scott, jouant avec la tension. Pour le rôle principale, Sigourney Weaver est choisie. C’est une des très bonnes idées du film. Ecrit pour un homme, son rôle se prête à merveille à ce changement. Ripley est un personnage intéressant car il n’est pas surhumain. Comme dans le premier Die Hard (Piège de Cristal), sa force vient avant tout d’un fort instinct de survie et d’une intelligence de situation. On est très loin des héros « machines de guerre » de certaines productions de l’époque ou même actuelles !

Alien (1979) est un film visuellement sublime. Les contrastes, les changements de couleurs entre chaque plan, sont saisissants, très évocateurs. Le film est très beau mais pas maniériste : la réalisation et la photographie servent l’histoire (et non l’inverse). L’intérieur du vaisseau (le fameux Nostromo) en met plein la gueule, de même que celui des aliens. Même les écrans d’ordinateur ont quelque chose de particulier ! Tout cela concourt à rendre Alien si particulier. Loin de l’esthétique de Star Wars, Aliens en prend le contrepied: une vision plus pessimiste et adulte.

Le film m’a happé dès la première scène. Je l’ai trouvée virtuose. Pendant une bonne dizaine de minutes, il n’y a pas de dialogues, juste l’équipage qui se réveille et fait son travail. C’est brillant et l’une des nombreuses bonnes idées de ce film. Un autre point fort: comme dans Jurassic Park (1993), la bête se fait attendre, elle est timide ! Ridley Scott fait doucement monter la tension sans en dévoiler trop, si ce n’est des plans magnifiques. Alien s’apprécie d’ailleurs en bonne qualité que cela soit au cinéma ou alors en blu-ray pour apprécier à sa juste valeur le travail effectué.

Ridley Scott est certes capables du pire, mais Alien, le huitième passager est un chef d’œuvre du cinéma. L’esthétique, comme le propos, sont toujours aussi frappants 45 ans (et même 47 !) après. Difficile d’en vouloir à Scott pour ses ratages quand le mec a été capable d’une telle hauteur. Indéniablement un classique qui mérite complètement son statut. Une œuvre onirique et somptueuse visuellement.

note personnelle : 5/5

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