OPINION: Détruire des vinyles c’est bof

Le 26 avril 2026, je suis tombé sur une vidéo style TikTok, relayée sur Twitter/X, dans laquelle un disquaire du Nebraska détruit joyeusement des vinyles de Kanye West. Ces disques avaient été envoyés gratuitement par l’artiste à plusieurs boutiques à travers le pays dans le cadre du RSD.

Honnêtement, ces images m’ont mis mal à l’aise, sans que je veuille pour autant sacraliser le vinyle. Ce support reste avant tout un moyen d’écouter découvrir de la musique. Je n’ai ainsi aucune envie de fétichiser le format au point de penser que chaque 33 tours doit être préservée comme une relique mais je ne cautionne pas le fait de les détruire non plus. Pour y voir plus clair, je vous propose d’y réfléchir ensemble.

Pourquoi détruire dérange-t-il ?

Voir des objets culturels être détruits provoque toujours un certain trouble. On est souvent saisi par la rage. On pense aussi immédiatement aux images historiques d’autodafés des nazis ou à la tristement célèbre Disco Demolition Night de 1979. Ici, le geste est évidemment beaucoup plus modeste et anecdotique. Reste qu’un disquaire qui brise publiquement des vinyles d’un artiste simplement parce qu’il le trouve con (ce qui est son droit) interroge.

S’agit-il de protéger les autres d’une œuvre moralement répréhensible ? Ou simplement d’exprimer bruyamment sa frustration personnelle ? La frontière entre protestation légitime et pulsion destructrice n’est pas toujours claire.

J’ai d’ailleurs un rapport personnel à cette question. Au début des années 2010, j’avais envoyé des singles 45 tours du label Croque Macadam au fanzine américain Terminal Bordedom. Quelques mois plus tard, je suis tombé sur une review accompagnée d’une photo des vinyles cassés en deux. Même dans le contexte edgy de l’époque, ça m’avait laissé une très mauvaise impression. Depuis Termbo, le fanzine comme le forum, ne sont plus. Tout cela est heureusement loin.

Le vinyle n’est pas sacré

Un vinyle reste un objet manufacturé en usine, même en petite série (200 ou 300 copies). En retirer une dizaine de la circulation n’est pas une catastrophe culturelle, ni une perte irrémédiable pour la société.

Cela dit, voir un travail détruit de manière brutale reste désolant, surtout quand des gens ont investi du temps et de l’argent pour faire exister ces disques. Pour autant, le vinyle n’est pas un objet religieux qu’il faudrait impérativement préserver: penser le contraire relève du fétichisme. Quand bien même je suis très attaché à cette passion, le vinyle est un support pour écouter de la musique et non la finalité en soi.

Ainsi il est normal de jeter des disques courants trop abîmés plutôt que de les revendre et continuer de les faire circuler. En revanche, pour des vinyles reçus gratuitement comme ceux de Kanye ou les miens, d’autres options existent : les revendre ou les donner. En plus d’être constructifs, ces gestes permettent à la musique de voyager et finalement peut-être toucher les bonnes personnes.

Si le contenu pose problème

Bien sûr, si le contenu d’un disque est moralement répréhensible, détruire peut devenir une option légitime. Mais, même dans ce cas, la question du geste public se pose. Faut-il filmer et poster la destruction ? Quel message envoie-t-on en 2026 ? La musique enregistrée a-t-elle vraiment besoin de ce genre de performances ?

Personnellement, ce geste me laisse un goût mitigé : je n’ai aucune sympathie pour Kanye West, mais je trouve la destruction publique d’objets culturels vulgaire, même quand elle est justifiée par une vraie colère.

Et vous, que vous inspire cette vidéo ? Un plaisir coupable ou un certain malaise ?

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