OPINION: Quelques réflexions sur l’impact des vinyles neufs trop chers

Comme vous le savez les vinyles neufs sont trop chers. En plus d’avoir écrit un article spécifiquement sur ce sujet, chaque sortie chez de nombreux disquaires indépendants me rappelle la douloureuse situation actuelle et l’impact négative des prix. J’interpelle très régulièrement sur cette problématique à travers mes comptes rendus de shopping. Récemment, en chroniquant l’album de Penny Arcade, je me suis aussi posé la question: dois-je tenir compte du prix des disques quand je les chronique ? La réponse est moins simple qu’il n’y paraît et m’a donné envie de me pencher un peu plus sur le sujet.

Sur un plan artistique: non

Il n’est pas juste de pénaliser un groupe pour la pratique commerciale de son label. Les artistes indépendants actuels ont rarement la main sur les prix des vinyles, en dehors du choix du label à l’origine. De plus, il s’agit d’évoquer une œuvre artistique, donc la question du prix ne devrait pas être un critère d’évaluation. Je me rends cependant compte que sur les compilations, j’ai moins le réflexe d’écarter la notion de prix. Celle-ci revient en effet dans plusieurs de mes papiers: Funk Tide ou W3NG. Peut-être que la nature même des compilations les écartent de ma remarque sur l’œuvre artistique d’un musicien ou groupe ?

Le prix a un impact sur le choix

La question du prix n’est pas pour autant absurde et à absolument écarter. Un disque se fait aussi dans un contexte commercial. Quand je vais chez mes disquaires, j’ai le choix entre une multitude d’œuvre et le prix peut alors être un déterminant. J’ai aussi le choix d’acheter neuf ou dans la pléthorique offre d’occasion (dont de nombreux supers albums à moins de 10€ !). Certains labels (Born Bad, Tricatel et d’autres) ont une politique de prix amicale vis à vis de nous tandis que d’autres (Sub Pop, Stones Throw ou Tapete) nous prenne pour des portefeuilles. J’ai envie d’encourager les premiers et dénoncer les seconds. S’il est difficile et pas juste de le faire à travers des chroniques de nouveautés (je ne pense pas le faire souvent, sauf pour Toro Y Moi car la forme et le fond étaient indissociables), il faut quand même faire comprendre que certains comportements commerciaux sont mauvais pour notre passion commune.

Une analogie avec les restaurants

Après mon article sur Top Chef, retrouvons les fourneaux à nouveau avec une nouvelle comparaison entre la cuisine et la musique. Quand on choisit un restaurant, la gamme de prix influe notre ressenti sur la qualité de celui-ci. Avec un prix exigeant, nous chercherons des prestations plus premium comme un service impeccable, une présentation des plats soignées, des produits plus exceptionnels etc. On peut cependant tout à fait apprécier une cuisine plus humble et accessible mais faite avec le cœur et passion. Bref, notre appréciation d’un restaurant dépend aussi du positionnement prix pour celui-ci. Pourquoi cela serait autrement avec la musique ? Certains labels assument aussi une démarche premium avec par exemple des pochettes gatefold, des obis etc. Dans cet esprit, nous pourrions par exemple mentionner la réédition assez délirante par Third Man Records de l’excellent album des Exploding Hearts. Ce soin sur les détails se traduit sur le prix mais aussi sur nos attentes. Nous sommes alors tout à fait en droit de souhaiter que la musique soit elle aussi exceptionnelle. Après tout, si l’emballage compte, le véritable point de focal c’est la musique non ? L’achat d’un disque passe aussi par cette investigation. Vais-je prendre du plaisir avec cet album ou cette compilation? Celui-ci sera-t-il à la hauteur des espoirs que j’ai fondés ?

Les labels et le streaming

Je pense que ce manque de soin vis à vis de la politique de tarifaire est une conjecture de phénomène. Il y a d’abord une baisse des revenus liés à la musique matérialisée (en vinyle ou en CD), bien sûr l’inflation et parfois les douanes. Certains labels cherchent cependant à tirer profit au mieux des ventes physiques, quitte à pratiquer une tarification qui ne correspond pas aux attentes d’une partie du marché. J’imagine cependant que ce critère de prix est moins décisif pour d’autres.

Peut-être est-ce du à l’impact du streaming sur les ventes de vinyle. Contrairement à beaucoup, je n’ai toujours pas d’abonnement payant à des sites de streaming. Quand j’achète un album c’est donc souvent pour le découvrir. En général je n’écoute que deux ou trois morceaux en amont avant de passer à la caisse. Je pense cependant que cette pratique est de moins en moins fréquente. Beaucoup de gens écoutent désormais les albums sur leurs plateformes de streaming et vont ensuite acheter les disques qu’ils ont préféré. Le prix devient alors moins un critère puisque il s’agit d’acter plutôt que de découvrir.

Je suppose que certains labels tiennent compte de cette évolution et envisagent ainsi les choses sous cet angle. Si les gens pré-écoutent les albums alors, le prix ne sera pas un frein pour eux puisqu’ils connaissent déjà la musique et la veulent. Personnellement je m’interroge quand même sur l’élasticité. Est-ce que tous les albums ont cette capacité à séduire au point de rendre les passionnés insensibles au prix ? Perso j’en doute vraiment, comme je le disais déjà dans mon précédent texte. Les premiers à subir l’impact, seront toujours les projets les plus hasardeux , à double titre. D’une part, les consommateurs vont s’orienter vers les plus gros acteurs du marché et d’autre part, les gens susceptibles d’avoir envie de défendre les groupes moins populaires ne feront peut être plus l’effort d’aller les découvrir du fait des prix prohibitifs des disques.

une vague conclusion

Si mentionner le prix dans une chronique peut être contreproductif et brouiller le message sur un album, il ne faut cependant pas écarter l’impact négatif de la politique de prix actuel sur l’envie d’écouter des nouveautés et d’en acheter. Plus que jamais, elles rentrent en concurrence avec le passé (comme le dénonçait plus ou moins bien Retromania). Je pense que nous méritons mieux collectivement (les groupes, les disquaires, les labels, les passionnés etc.). Bien sûr il ne s’agit pas de nier le réel, mais de constater que certains labels ont doublé leur prix en une dizaine d’années: c’est bien plus que l’impact de l’inflation ! Cela a, en plus, des conséquences dramatiques sur l’ensemble de la chaîne (à relire: disquaires en danger?).

PS: Tsugi a cité deux de mes papiers dans un article, merci à eux !

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