OPINION: Je n’ai (toujours) pas d’abonnement payant à des sites de streaming musicaux

Pour beaucoup je suis un extra-terrestre, en effet, en 2023 je n’ai toujours pas d’abonnement payant à des sites de streaming musicaux. Je suis resté fidèle aux vinyles et aux CDs et utilise YouTube gratuitement. Voici mes raisons, je ne prétends pas être dans le vrai, mais ce point de vue mérite aussi d’exister.

Mon usage du streaming musical actuel

J’utilise YouTube pour écouter des morceaux précis et surtout pour pré-écouter des disques. Que ce soit des nouveautés ou des sessions d’achats sur discogs: je me décide sur la base de 2-3 morceaux écoutés. Cela me permet de déterminer le genre musical, la production et si ça peut me plaire. Je suis quelqu’un de très attaché au format 45 tours. J’en garde ce goût pour la chanson efficace qui m’attrape à la première écoute. Je pars du principe que j’ai envie de découvrir un album qui comprend au moins une chanson de ce genre. Après je tente ma chance en achetant (ou pas, si le prix est dissuasif) le disque. Je fais ça également chez les disquaires quand c’est possible (écouter des disques sur place).

Des limites au streaming musical

Je ne suis pas particulièrement fan d’écouter un album complet sur mon ordinateur. Je trouve que cela gâche le plaisir de la musique. Même si je fais de la musique ou que j’écris sur un ordinateur, je n’éprouve pas de satisfaction à lancer un album dessus. J’ai l’impression de travailler. Je préfère le bon vieux cérémonial qui consiste à choisir un disque dans ma collection (vinyle et même cd !). Je sais qu’il est possible d’écouter de la musique en streaming ailleurs que sur son ordinateur, par exemple sur son téléphone ou une enceinte. J’ai les deux (un casque et une enceinte Bluetooth) mais je ne trouve pas l’éco-système spécialement satisfaisant. Il m’arrive d’écouter de la musique sur le téléphone (depuis mixcloud) ponctuellement mais je n’éprouve pas ce besoin d’être en permanence occupé par la musique quand je suis dehors (métro, à pieds…). Les enceintes sont plutôt chouettes en dépannage ou pour les amener dehors mais ça ne remplace pas le régal d’écouter un disque chez moi sur un bon système son. Alors oui, on pourra encore une fois me répondre d’investir dans un DAC par exemple, mais pourquoi faire ?

Ai-je vraiment besoin d’accéder à toute la musique jamais enregistrée ?

Les sites de streaming musicaux donnent l’illusion d’accéder à des catalogues mirifiques de musique. Toute la musique de l’univers accessibles en quelques clics. C’est beau sur le papier mais dans les faits, il y a de nombreux absents dans l’offre officielle. Des pans entiers de la musique du passé en sont absents ou maltraités (des reprises dégueulasses, des versions mal encodées et pas très légales…). Mieux que ça, des disques récents pourraient aussi en disparaître, en fonction de la gestion des droits. Cette apparente richesse donne la nausée et enraye mon envie de creuser. J’aime la limitation (assez relative dans mon cas) qu’offre le physique. Acheter un disque et l’écouter jusqu’à le ressentir. Ne pas immédiatement zapper si un morceau me semble moins efficace etc. Dans tous les cas, je peux plus facilement m’investir dans un disque en me disant que je pourrais le réécouter aussi dans dix ans.

Des problèmes de rémunérations

Sur un plan politique, j’ai tendance à essayer d’appliquer dans la mesure du possible ce qui me semble juste dans ma vie de tous les jours. Il faut être évidemment un peu souple: il est impossible d’être parfaitement en adéquation entre ses idées et ses possibilités d’agir dans son quotidien. Reste que je trouve le système de rémunération des plateformes assez mal foutu. Passer en user-centric (c’est à dire que l’argent de mon abonnement va à ceux que j’écoute et non dans le pot commun) améliorera les choses bien sûr mais ne réglera pas tout.

Le streaming musical est-il un progrès ?

Parfois on entend que le streaming est un progrès. Non une nouveauté n’est pas nécessairement un progrès. Est-ce qu’un type qui roule sur un vélo sous la pluie sans protection sociale pour livrer à bouffer est un progrès pour notre société ? J’ai tendance à être assez optimiste sur les innovations technologiques, maintenant il faut aussi peser les choses: si c’est une avancée pour une catégorie, l’est-ce aussi pour une autre ? Dans le cas de la musique, je crois pas que le modèle économique du streaming musical soit en faveur de tous et en particulier dans les niches musicales. Dans un excellent article, le webzine Larsen alerte sur la disparition de la classe moyenne belge de la musique. Je pense que c’est aussi une conséquence (en partie seulement bien sûr) du modèle du streaming musical.

Le problème des algorithmes

Si j’ai déjà pas mal évoqué le problème des algorithmes ici même. Il n’est pas inutile d’en redire un mot dessus. En plus de favoriser l’absence de prise de risque et la constitution de zone de confort, les algorithmes offrent une prime aux morceaux populaires plutôt que pousser les autres. Cela renforce les phénomènes de starification et surtout entraîne une plus grande disparité des revenus. Les gens connus n’ont pas à se plaindre des revenus du streaming mais pour des artistes plus confidentiels, avec un véritable public, cela peut s’avérer périlleux. Je ne crois pas que cela soit une bonne chose à long terme.

Une forme de renoncement

Bien sûr ne pas accéder à la musique via le streaming musical sur une base régulière me prive certainement de découvertes et surtout d’une partie de la musique. Avec le prix délirant des nouveautés, les douanes qui ont enrayés l’importation des disques depuis différents pays (Japon, Canada, Etats Unis, Angleterre, Australie etc.). Cela a impacté l’offre à laquelle j’ai accès. C’est peut être un peu embêtant mais j’ai aussi l’impression de ne plus avoir ce FOMO à nourrir. Comme le faisait remarquer mon collègue Arbouse, on peut aussi envisager de constituer une collection sur la base du hasard, sans pression ni calcul. Je suis toujours à la recherche de disques précis (en occasion comme en nouveauté) mais je pense qu’il y a une idée intéressante derrière cela: la musique doit être un plaisir et la sérendipité en fait parti. Bref accepter ne pas avoir un control total sur les choses libère plus qu’il n’enferme.

Pour défendre un écosystème

L’écosystème musical est en danger. Salles de concert, presse écrite dédiée, sites internet, à tous les niveau il existe des problématiques qui remettent en cause leur existence. Je ne prétends pas que ce soit des conséquences de streaming musical mais cette situation existe néanmoins. Elle est multifactorielle est méritait que je m’y penche ! En tout cas, en première ligne se trouvent les disquaires. Eux sont impactés par la baisse des ventes de disques physiques. Personnellement j’aime beaucoup aller dans les disquaires. C’est une source de découverte majeure pour moi. J’aime cette idée qu’un disque se mette sur mon chemin. Les disquaires amènent un conseil et une véritable plus-value par rapport aux plateformes.

Pas une obligation

J’ai exposé mes raisons de ne pas avoir d’abonnements payants sur les sites de streaming musicaux mais je n’oblige personne à me suivre. Je pense que chacun est libre de faire ce qu’il veut. À lui de peser le pour et le contre en fonction de ses usages et ses envies. Je ne juge pas non plus les motivations et les choix, je souhaite juste expliquer les miens. J’ai conscience que le prix d’un abonnement est imbattable (autour de dix euros), mais je pense qu’avec un budget autour de 30 euros mensuel on peut déjà se faire plaisir en achetant des disques ! Il existe de nombreux vinyles pas cher et une offre pléthorique de bons cds à un euro. De quoi se constituer au fur et à mesure une belle discothèque.

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