Avec le développement massif de l’IA et notamment des LLM et de l’IA générative, le geste humain pourrait retrouver une importance. La récente annonce de bandcamp de garder la plateforme humaine (à lire sur le blog) va dans ce sens. Aujourd’hui, les morceaux générés par IA représentent jusqu’au tiers des titres uploadés sur les plateformes de streaming (source) !
Un constat
En préambule, j’aimerais rappeler que l’IA peut être un excellent outil. Il est important d’expérimenter avec, de lui trouver des usages intéressants. Reste que l’IA permet d’industrialiser la création de contenu et fournir du slop à la chaîne. Je l’évoquais encore récemment dans mon article autour d’instagram: ce contenu de piètre qualité n’est cependant pas l’apanage de l’IA. À terme il est évident que l’IA va être de plus en plus difficile à distinguer de la production humaine authentique. Tout cela risque de nous conduire à une apathie vis-à-vis de tous les contenus sans distinction. Il est alors légitime de se demander comment nous pouvons être sûr de consommer une création véridique avec la contribution active d’une personne derrière plutôt que le produit d’un prompt.
Le geste humain
Comment répondre à cette épineuse question ? Etre sûr de valoriser le geste humain plutôt que la machine ? Personnellement, je pense que cela passera par une revalorisation des connexions humaines directes dans un premier temps. Dans un second temps, il y aura probablement un système à développer, par exemple des chartes/labels contrôlés par des organismes indépendants. Je suis convaincu qu’il y a une économie à créer là dedans.
On peut évidemment aussi envisager des outils de détections. En ce qui concerne la musique, Deezer a déposé, en 2024, des brevets dans ce sens et annonce avoir un taux de réussite de 97-98% sur leurs tests. Cependant, comme le dopage, l’IA et ses utilisateurs vont trouver des parades, le jeu du chat et des souris ! Si cela peut aider à débroussailler, cela suffira-t-il pour redonner confiance aux auditeurs ? Le geste humain peut alors avoir encore toute sa place dans cet arsenal de solutions.
Au début de l’existence de ce site, je soulevais la question Trop de Musique ?, deux ans et demi plus tard, la question est encore plus d’actualité avec l’amélioration spectaculaire de l’IA générative. Celle-ci multiplie la possibilité de créer de la musique ! La curation et le tri par des personnes de confiance me semblent toujours être les meilleures solutions. Paradoxalement, la légitimation a donc un boulevard. On va chercher à avoir des intermédiaires de confiance pour retrouver ce geste humain. Des labels indiqueront refuser l’IA, certains pousseront la démarche jusqu’à la caricature.
Une situation paradoxale
Cette évolution pourrait conduire à une situation paradoxale. Le geste humain pourrait s’y réaffirmer d’une manière presque classique, nous pourrions réactiver davantage les réseaux de confiance. Tout cela pour être sûr que notre temps est accordé à des contenus qui le méritent. Je suis en tout cas très curieux des tournants que vont prendre les milieux artistiques dans les années, voire les mois, qui viennent ! L’affaire s’annonce intéressante.







