ALBUM: Sarakiniko “Dehors” (La Maison des Corbeaux, 2023)

Avec les réseaux sociaux et les plateformes de streaming, les nouveautés en chassent d’autres à un rythme effréné. Nous pouvons collectivement arrêter cette escalade, s’extraire du vortex et accepter de découvrir et/ou parler d’un album, même s’il est sorti il y a près de deux ans, comme notre excellent album du jour: Dehors de Sarakiniko.

Si Sarakiniko semble être une plage en Grèce, notre musicien est lui Breton. Actif depuis une douzaine d’années dans la scène indépendante française, Yann Canévet a joué dans de nombreuses excellentes formations, souvent shoegaze, comme Maria False, Venera 4 ou Future/FTR (encore actif). Depuis le début de la décennie, il s’enregistre seul. Deux albums ont été publiés: Red Forest (2022) et Dehors (2023).

Si Yann qualifie sa musique de mud pop, il ne s’est pas pour autant éloigné de ses fondamentaux shoegaze. On y retrouve les qualités mélodiques de ses autres groupes. Dehors créé ainsi un pont entre le son des années 90 et une approche plus contemporaine. Des années 90, Sarakiniko a particulièrement aimé (en plus du shoegaze) la scène baggy et Primal Scream ! Aidé par James Aparicio (mixage, mastering) et Morgane Caux (paroles, chant), Yann a pourtant créé un disque très actuel. Le soin apporté à la production rend Dehors singulier. Il y a ici le soucis du détail et l’envie de faire un album qui sonne bien !

Les guitares sont bien sûres de sortie sur Dehors pourtant, elles ne prennent pas l’ascendant sur un excellent travaille de programmation. Il faut par exemple écouter la superbe L’avenir, La Fin. Sur une boucle, des percussions viennent se poser avant que la machine ne se réveille. Le tempo est modéré, parfait pour développer un morceaux aux influences dubby (très Screamadelica, presque trip hop). Le chant en français amène la touche finale à cet excellent morceau. Deux autres titres osent s’aventurer aussi dans la francophonie. Les très réussies Dehors et Le Royaume confirment la pertinence de notre langue dans ce contexte, mais les morceaux en anglais sont également impeccables. Are We Dead? ou Golden Glows par exemples, renvoient, pour le meilleur, à New Order et The Wake. Dans un registre pas si éloigné du BJM, Strange Breeds fait aussi son petit effet !

Avec Dehors, Sarakiniko propose un album aussi abouti qu’enthousiasmant. Pas si éloigné du dernier Bryan’s Magic Tears, en moins rock et plus pop (moins Oasis plus Sarah Records si je puis dire), le Breton explore les fondamentaux indie-pop/shoegaze. Son approche fraîche et sincère dépasse, de très loin, l’hommage compassé. Il y a beaucoup de vie et d’énergie dans cet album et on a hâte d’entendre la suite ! Le breton devrait d’ailleurs proposer un nouvel EP bientôt (entièrement en français), dont un extrait circule déjà (Grand Œil).

note personnelle: 4,5/5

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