OPINION: Adieu Hipsters ! on ne vous aimait pas, mais vous nous manquez

Début juin deux débats ont mobilisé la partie musique anglophone du réseau Twitter/X. Il y a eu la question autour des portables dans les concerts de Phoebe Bridgers. Ce sujet m’a inspiré un article sur la vie analogique et vie numérique. Quelques jours auparavant, les hipsters occupaient toutes les conversations au point que Vice est sorti de sa léthargie et a publié un papier dessus !

À mon tour, j’ai eu envie d’écrire sur le sujet. En préambule : je ne me suis jamais défini comme hipster. Je l’étais probablement un peu à la fin des années 2000 et au début de la décennie suivante. Cette remarque concrétise elle même le paradoxe autour du hipster. Tout le monde détestait le terme mais il avait une certaine réalité. De l’eau a coulé sous les ponts. Avec le recul, les hipsters avaient bien plus pour eux qu’être une bande d’andouilles snobinardes. Il y avait aussi des aspects très positifs dans cette culture; nous pourrions désormais en regretter certains contours, en 2026.

Les hipsters

La définition moderne du hipster est tout sauf précise : une nébuleuse ! Au départ les hipsters désignent une sous-culture des années 40. Dans les grandes lignes, des jeunes gens blancs s’éprennent du jazz (bebop, cool jazz) et de la culture afro-américaine. Ils rejettent les squares, c’est à dire les gens normaux.

Le terme revient à la mode dans les années 2000, en particulier à New York, dans le quartier de Williamsburg. Cette étiquette hipsters est, dès le départ, rejetée massivement par les gens concernés. Parfois vu comme des gentrifieurs, les hipsters revitalisent certains quartiers. Terme réfuté et donc jamais traité avec sérieux : à l’époque, aucune définition consensuelle n’émerge. Cette absence de caractérisation rend aussi un bilan compliqué ! Chacun aura, en effet, à cœur de s’arranger avec la définition pour faire entrer ou sortir certains éléments du puzzle.

Toujours est-il que les hipsters (non revendiqués) essaiment un peu partout au delà de la seule big apple. On les retrouve à Portland, en Californie, à Paris, Berlin ou Londres. Tout le monde aura son avis sur l’âge d’or. En comptant large, on tombe sur une quinzaine d’années entre le début du nouveau millénaire et le milieu des années 2010 (2000-2015). Pour ma part je situerai l’apogée de ce courant dans la fin des années 2000 (2007-2012).

Le millennial: un hipster ?

La figure du hipster se superpose partiellement à une autre: le millennial. Bien sûr la cohorte millennial est bien plus large, de surcroît Gen X et hipster ne sont pas incompatibles. Pour autant cette sous-culture est particulièrement populaire chez les millennials, d’une certaine manière, il en force les traits.

Il y a quelques caractéristiques communes saillantes. Hipsters et millennials ont probablement un besoin d’affirmation en se distinguant des autres. Ils cherchent aussi du sens dans leur travail mais aussi leur manière de consommer. Parfois cela devient caricatural mais au fond c’est stimulant non ?

La culture hipster valorise ainsi une forme de snobisme. Ce snobisme n’est pas intrinsèquement malsain. Si l’objectif est un peu ridicule, le cheminement est lui excellent. La prime à la curiosité, même si elle vient pour de mauvaises raisons, reste une conséquence positive de ce mouvement. Là où le poptimisme se fait souvent le défenseur des plus forts, le snobisme hipster aimait les marginaux de l’histoire.

Do’s & Don’t des Hipsters

Quand Vice était une bande skaters de Montréal, un peu couillons et arrogants, ils avaient cette rubrique mythique des Dos & Don’t. Les fashion faux pas des gens dans la rue passaient au grill. Au regard de 2026, ce jugement brutal et sec serait fort mal vu ! En grande partie à raison.

En tout cas, le hipster – qui ne le revendiquait pas – avait un œil averti pour identifier ses congénères. Evacuons le sujet brûlant: un hipster de 2009 aurait fait une syncope si vous aviez dit que le sloppy stomp clap hey était hipster. C’était l’inverse, la musique des autres, le mainstream.

Au delà de juger narquoisement, les hipsters ont développé un style propre. Dans le vélo, l’exemple du fixie est très parlant. Ce vélo, d’abord utilisé par les coursiers, a la particularité d’avoir un pignon fixe. Il n’a pas de vitesses ni de freins, il nécessite aussi de pédaler en permanence. Le fixie est hipster dans son âme: un vélo exigeant et nécessitant des connaissances. Le hipster ne fait pas le choix du confort, mais de la performance. Cette efficacité supérieure n’est pourtant pas à la portée de tous: le fixie reste difficile à manier !

Le hipster aime la seconde main vintage et chiner des objets. Avoir des fringues H&M et meubles Ikea : pas son truc. Il écoute des groupes que tu ne connais pas. Il dévore avec gourmandise quand son interlocuteur sèche sur un nom. Cette appétence pour l’obscur, il la développe autant pour le passé que les nouveautés. Grâce aux blogs et Hype Machine, il se tient au courant du moindre frémissement. Au fond, ce n’est même pas tellement les groupes qui sont importants: tout se joue dans le moment de les découvrir. Le hipster doit être le premier de ses potes à écouter (et ne plus écouter) une formation ! Ici encore, il y a ce trait important qui ressort: un besoin de distinction à travers une connaissance subtile, avoir les bonnes références et savoir bien les mobiliser. Il faut être au courant, passer du temps à farfouiller et étudier.

Les hipsters appliquent la même stratégie aux activités commerciales, notamment dans les métiers de bouche. Deux domaines bénéficient largement de leur apport: les craft beers et les cafés de spécialité. Il est amusant d’imaginer que ces tendances sont toujours populaires et ont survécu à leur origine hipster!

Le Twee, un hipster comme les autres ?

Au début des années 2010, le twee est le nouvel hipster. En 2008, sort le film 500 jours ensemble, véritable manifeste twee. Comme les fringues, le terme est de seconde main. Cette fois-ci, on a cherché notre inspiration dans la scène indie-pop des années 80 (C86) ! Si vous avez vécu la période dans l’œil du cyclone, vous vous souviendrez ainsi du fameux article de slate sur le sujet. Il avait fait grincé des dents à l’époque, je ne l’ai pas relu pour préparer ce texte.

Twee et hipster partagent leur garde robe, le goût pour la seconde main et la distinction. Tout ce beau monde réfléchit à sa manière d’être et paraître : être soi, de mettre du sens dans ses activités. Faire de la photo argentique avec un Polaroïd ou un Holga. Mater le dernier Wes Anderson et ses plans géométriques. Vous vous souvenez quand Instagram était un lieu pour partager des photos avec le filtre X-pro II ? Un soupçon moins d’ironie et de jugement, un peu plus de douceurs et de couleurs pastels: le twee est un hipster tardif. Moins edgy, il n’en est pas moins très attentif à la précision de ses goûts et références.

la fin de la fête

Tout le monde aura son moment pour la fin des hipsters. En 2026 on est cependant sûr que ce trait appartient au passé ! Pour moi, la fin de la fête quelque part entre 2012 et 2015. Facebook rachète instagram en 2012, Disney investi dans Vice en 2015. La même année, Condé Nast acquiert Pitchfork. Money talks: les Big Guys ont gagné !

Dans le milieu des années 2010, le téléphone supplante aussi définitivement l’ordinateur pour se connecter. Notre rapport à internet change profondément. Les hipsters sont peut être l’un des derniers avatars d’une culture développée à travers des scènes. Les gens se rencontrent aux concerts, dans les bars, plutôt qu’à travers un écran de téléphone. J’ai conscience de passer un peu pour un boomer en écrivant cela, mais pensez y : au début des années 2000, internet est très peu développé. La culture est alors plus local, avec ses propres dynamiques. Le hipster parisien ne ressemble pas tant que ça à son cousin new-yorkais, mais un peu plus à celui de Londres. Les smartphones sont passés par là et les cultures d’avant ont trépassé. Bye bye le hipster, on ne t’aimait pas, mais tu ne méritais pas ça clairement !

Un bilan positif ?

Il est fort facile de moquer du hipster, ses errements. Entre les looks parfois guindés, les postures forcées, il y a matière à bien rigoler. Pourtant, certaines pratiques ont perduré (craft beer, vinyle, café etc.) donc elles devaient être judicieuses ! La quête de sens et la curiosité qui l’accompagnait nous manquent terriblement, en 2026. Les hipsters le faisaient, peut-être, pour de mauvaises raisons (snobisme), ils le faisaient quand même. Cette volonté de découvrir des films, des groupes, des artistes, des types de nourritures ou bières était, au final, très positive. La recherche de consommations alternatives, avec une charge politique (indépendance, sourcing etc.), était aussi un trait intéressant. Bref, sans rancune amis hipsters, ta culture (la nôtre ?) était cool et a signifié quelque chose.

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