À défaut d’être un grand film, Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois (1985) est une sacrée curiosité. Première réalisation de Jean-Pierre Vergne, alors assistant réal depuis les années 60, c’est surtout le premier films des Inconnus dans une configuration à 5 !
Avant les Inconnus il y a eu les Cinq, puis les Catcar. Didier Bourdon, Pascal Légitimus et Bernard Campan forment en effet au départ un groupe avec Smaïn et Seymour Brussel. Ils se rencontrent tous ensemble dans le Théâtre de Bouvard. Approchés pour faire du cinéma, ils quittent alors la troupe de Philippe Bouvard. Ils écrivent collectivement (sans Smaïn) le film Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois. La réalisation est confiée à Vergne, qui a par exemple travaillé sur Deux Heures moins le Quart avant Jésus-Christ (1982) de Jean Yanne. Avant même la sortie du film, Smaïn a quitté le groupe.
UGC, un peu inquiet, impose des acteurs plus connus pour les seconds rôles. On retrouve ainsi en vracs: Jean-Claude Brialy, Clémentine Célarié, Henri Courseaux, Michel Constantin, Darry Cowl, Patrick Sébastien, Jean Reno, Stone, Michel Galabru, Jean Yanne ou Michel Crémadès ! À la musique on retrouve un habitué de l’exercice: Gabriel Yared, ancien collaborateur de Françoise Hardy, Jacques Dutronc ou Michel Jonasz. Pour l’anecdote, il y a morceau rigolo (un peu funky/electro-funk) avec les Inconnus (et Seymour Brussel) sous le nom de Catcar & Co. Le disque est même sorti en 45 tours.
Tout ce beau monde signe une parodie de film noir des années 40/50. L’ambiance est très soignée, c’est un plaisir de naviguer dans ce Paris du milieu des années 80 pluvieux. On retrouve ainsi Bourdon (aka Marc Elbichon) en imper, chapeau vissé sur le crâne ! Sur le papier, Un Téléphone Sonne Toujours Deux Fois s’inscrit dans l’esprit des productions ZAZ (Zucker – Abrahams – Zucker). Cette influence est-elle directe ? À l’époque ZAZ avaient réalisé hamburger film sandwich (un film à sketches), le mythique Y a-t-il un Pilote dans l’Avion (1980) et la série policière Police Squad (1982) qui donnera naissance à la franchise Y a-t-il un flic (Naked Gun en VO).
Dans les faits, Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois ne tient pas toutes ses promesses. Le film a beaucoup de problèmes de rythme. Le début est excellent, presque parfait, mais a un gros coup de mou au milieu qui plombe l’ensemble. C’est un écueil courant des comédies, un des genres les plus exigeants en la matière. Le fait d’être cinq à l’écran, presque en permanence, ne fonctionne pas. Cela rend Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois parfois confus et un peu inconsistant. Il en est de même pour la multiplication des personnages secondaires. Cependant, tout le monde s’amuse et met du sien. Les performances sont très biens dans l’ensemble, notamment Bourdon, très sérieux dans son absurdité. Quant au cinq, trois semble finalement être un meilleur chiffre comme en témoignent Les Trois Frères (1995) et La Cité de la Peur (1994) !
Inégal certes mais touchant. Soigné dans l’ambiance moins dans la narration. Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois permet de voir des Inconnus encore en rodage de leur formule, l’association avec Smaïn ou le trop rare Seymour Brussel. Les habitants du sud de Paris reconnaîtront aussi de nombreux lieux du XIIIe arrondissement. Sur le papier ce film aurait tout pour lui mais il n’atteint pas les objectifs malgré beaucoup de bonne volonté. Je ne serai pas étonné que les Nuls s’en soient inspirés pour La Cité de La Peur. Une curiosité très sympathique mais indéniablement pas un trésor caché.
note personnelle: 3/5
Le XIIIe dans Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois
En tant qu’habitant du XIIIe arrondissement parisien, j’ai eu le plaisir de reconnaître de nombreux lieux de tournage. En voici quelques uns, je pense qu’il y en a même plus.
Pendant la scène de la destruction des cabines téléphoniques, on peut apercevoir une cabine britannique à l’intersection entre la rue du Docteur Leray et rue Dieulafoy. On y voit clairement des maisons de l’ensemble réalisé par Henry Trésal. Petit détail amusant: celles-ci ont du lierre absent désormais.
Vers la fin du film, au moment de la représentation de chant, on peut remarquer l’entrée de la piscine de la Butte aux Cailles. Dans la même séquence, une course poursuite s’engage à coté, dans la rue du Moulin des Prés.
On peut aussi remarquer l’ensemble d’HBM de la rue Brillat-Savarin (scène d’arrestation) ainsi que l’école primaire réalisée par Roger-Henri Expert située dans la rue Küss dans la continuité (flashbacks enfance).
Il y a plusieurs plans sur la dalle d’Olympiades (conçue par Michel Holley) et on peut aussi admirer le centre PMF à Tolbiac réalisé par l’agence ANPAR. Les deux font parti d’un projet abandonné de moderniser le treizième arrondissement: Italie 13.
Enfin, je suis presque sûr que l’on aperçoit une station de métro de la ligne 6 aérienne. Je n’ai pas réussi à identifié laquelle mais j’opterai pour Glacière, Corvisart ou Nationale. Il y a un panneau qui indique la place (ou la porte ?) d’Italie, donc c’est probablement la ligne 6 et proche !
Quelques similarités avec la Cité de la Peur
Cela ne m’a pas sauté aux yeux sur le moment mais on y repensant, voici quelques points communs sérieux entre les deux films. Il s’agit de parodie de films noirs avec un tueur en série utilisant le téléphone comme mode opératoire. Je ne pense pas que cette similitude soit uniquement du au hasard. Il y a quelques éléments très spécifiques dans le déroulement du film. Je pense notamment à l’usage des lettres (ODIL et ANNABEL) par le tueur, mais aussi certaines scènes (une scène de discothèque, une autre de chant style big band/club de jazz).
En faisant mes recherches sur le film, je suis tombé sur cette vidéo vraiment intéressante et dont je partage plutôt l’avis. Pour la blague la personne est visiblement tombée sur ce site puisqu’il y a une insertion d’une de mes photos à 6 minutes 22: le macaron de C’est trop c’est trop des Charlots.







