L’Allemagne est le pays d’Europe occidentale avec le plus de pays frontaliers: neuf en tout ! Avec ce tour du monde, nous avons ainsi visité de nombreux voisins des Allemands: la France, la Belgique, le Danemark et les Pays Bas. Bref il était temps d’aller faire un tour du côté de Berlin et Hambourg et voir ce que le pays avait dans le ventre dans les glorieuses années soixante.
En faisant mes recherches habituelles pour cette sélection, j’ai été étonné de l’absence de source sur l’histoire du rock en Allemagne sur Wikipedia, pour la période 1950-1960. Avant le krautrock et la NDW: point de salut ? En lisant les articles dédiés au rock allemand, Il y a comme une amnésie autour des pionniers. C’est assez inhabituel. La plupart des pays ont en effet une entrée sur le rock local à travers les âges, que cela soit en anglais ou dans la langue native. Pour l’Allemagne, l’article aborde le rock qu’à partir du krautrock: étonnant.
La scène beat, quoi que moins originale et détachée de ses influences que le krautrock, n’en mérite pas moins d’être décrite, découverte et évoquée. Peut-être que les Allemands préfèrent mettre l’accent sur une production plus originale, au point d’effacer/ignorer des pans de leur histoire ? En tout cas, elle ne diffère pas tant des voisins. Comme dans beaucoup d’autres pays, l’Allemagne a été secouée par les Beatles. Des groupes locaux ont bien sûr essayé d’en reproduire la musique. Cette connexion avec le Fab Four est d’autant plus importante que le groupe anglais a fait ses armes à Hambourg, avant de percer à la maison. Le port allemand est un vrai lieu historique du rock, notamment le mythique Star-Club. L’Allemagne a aussi accueilli des groupes étrangers comme les fabuleux Monks américains. Tout cela a forcément eu des échos à travers le pays.
Cette playlist est l’occasion d’affirmer que la scène allemande beat était tout aussi qualitative qu’ailleurs. Elle comportait ses locomotives (Lords ou Rattles), des petits groupes avec un single fantastiques etc. J’ai été très agréablement surpris de la qualité des morceaux que j’ai réussi à rassembler ici, beaucoup de fuzz et de freakbeat. J’ai ajouté quelques références à ma wantlist discogs !
01 – The Lords « Don’t Mince Matter » (1966, Berlin)
Les Lords sont le groupe le plus ancien d’Allemagne encore en activité. Ils sont nés en 1959 ! S’il n’y avait pas eu une période d’interruption entre 1971 et 1976, peut-être seraient-ils le plus ancien groupe de rock encore en activité ? Le style des Allemands est volontairement inspiré de la comédie slaptstick, leur coupe de cheveux étant même un hommage au Prince Vaillant lui même !
02 – The Rattles « Say All Right » (1966, Hambourg)
Fondé à Hambourg en 1960, les Rattles sont l’un des plus grands groupes allemands des années 60 et début 70s. Ils ont pratiqué la musique beat mais ont su suivre le mouvement général par la suite. On leur doit ainsi la géniale The Witch petit classique au parfum hard rock.
03 – The Boots and The Sanford Alexander Beat « Alexander » (1967, Berlin)
The Boots est certainement un des groupes les plus connus en dehors de l’Allemagne de cette sélection. En effet ils sont au casting de l’excellente compilation Nuggets II: Original Artyfacts from the British Empire and Beyond avec deux morceaux (Gaby et But You’ll Never Do It Babe). Pour ma part j’ai exceptionnellement choisi une reprise. Alexander est une reprise à la saveur très moderniste du classique de Nino Ferrer. Une version excellente et à la hauteur de l’originale !
04 – The German Bonds « We are out of Sight » (1966, Hambourg)
Pas trop de doute sur la nationalité des German Bonds: ils sont bel et bien Allemands ! Ceci dit cela pourrait être amusant d’avoir un groupe se nommant les bons du trésor français tant cela me semble une question d’actualité. We are out of sight est une pépite freakbeat régulièrement compilée, notamment sur la Pebbles 24 dédiée à l’Allemagne. Pas mal pour un groupe avec seulement quatre singles dans la besace !
05 – The Dukes « The Dentist » (1968, Sauerland)
Les Dukes n’ont jamais sorti d’albums mais une bonne demi douzaine de singles ! Pas mal déjà pour un groupe sixties. Dans le lot The Dentist est clairement la pépite à découvrir ! Visiblement les membres du groupe n’ont pas eu de carrière postérieure dans la musique ?
06 – The Blizzards « Hab’ Keine Lust Heut Aufzustehn » (1966, Stade)
Comme pour les Boots (à ne pas confondre avec le groupe français), j’ai choisi une reprise pour les Blizzards (à ne pas confondre avec le groupe néerlandais !). En effet ce titre est une reprise d’un des morceaux emblématiques de HET. Dans les deux cas ce sont des petites anomalies. Quand les camarades néerlandais et germaniques s’exprimaient généralement en anglais, ces deux groupes ont fait le choix de porter leur propre voix ! Un album au compteur pour cette formation de Basse-Saxe, une région collée aux Pays Bas ce qui peut expliquer ce choix étonnant de reprise.
07 – The Petards « Baby Run Run Run » (1966, Schrecksbach)
Les Petards sont, avec les Lords et les Rattles, un des groupes allemands les plus connus de la période. Ils arrivent plutôt au milieu des années 60 et se font un nom pendant la vague psychédélique puis hard rock. Leur premier single est une sacrée surprise, un morceau beat/garage absolument fantastique, très cru pour une production européenne !
08 – Gesine Darieux & The Chosen Few « Crazy-Crazy » (1967)
Attention une autre pépite ! Crazy Crazy est exactement leur genre de morceau assez lo-fi qu’on adore ici ! Il est du aux Chosen Few qui accompagnent ici la chanteuse Gesine Darieux. Ni l’un ni l’autre n’ont fait de carrière ! Pour les Chosen Few, la route s’arrête après seulement deux singles.
09 – The Sad Sack Set « The World for Us » (1967, Francfort)
D’abord connu sous le nom des Rangers, les Sad Sack Set ont du changer de nom sous la pression du label CBS. Dans cette version ils n’ont sorti qu’un single. Après le groupe certains des musiciens ont fait une carrière étonnante. Marek Lieberberg est devenu un promoteur de concerts très connu en Allemagne. Le destin de son compère Ludwig Ickert est encore plus fascinant. En 1992 il fonde le studio de dessin animé Dingo Pictures spécialisé dans les copies de films plus connus (Disney). Vous connaissez peut être une de leur réalisation: elle a donné naissance au meme Yee avec un dinosaure (video).
10 – The Rebbels « Come Back » (1966, Coblence)
Excellent morceau beat avec des inflexions garage des Rebbels, un groupe de Coblence, lieu de naissance de VGE ! Le groupe a sorti un album et deux 45 tours. Le choix de mettre deux b à leur nom est volontaire: il s’agissait de marquer leur marginalité. En plus des disques, le groupe a tourné en Grèce et s’est lié d’amitié là bas avec les Forminx.







