OPINION: Pourquoi les places de concert sont devenues chères ?

Evacuons tout de suite la remarque: toutes les places de concert ne sont pas devenues plus chères. Néanmoins cette critique revient régulièrement sur les réseaux sociaux, notamment Twitter/X. Ce sentiment s’appuie sur une certaine réalité. De nombreux facteurs expliquent cette augmentation; elle n’est pas si uniforme en y regardant de plus près. Proche de l’inflation pour les petits artistes (7 à 10%, source), la note flambe pour les artistes remplissant des stades (plus de 20%, source).

L’inflation

Le concert est une économie fragile, très dépendante de ses entrants. Les premiers d’entre eux sont très prosaïques: les nuits d’hôtel, l’essence, les billets d’avion, la location d’un van, le coût des visas, etc.

Nous l’évoquons souvent mais la guerre en Ukraine et plus généralement la situation post-COVID ont entraîné une augmentation des coûts de certaines matières premières. Cela a des conséquences directes quand on tourne: le prix de l’essence a flambé et donc du coût pour tourner. Il ne faut pas non plus négliger le durcissement de la politique autour de la circulation des personnes (et des biens). Les visas, la douane etc. sont des complications supplémentaires dans un contexte déjà précaire.

Certes une quinzaine d’euros de plus entre deux villes d’essence, cela peut s’absorber mais cette augmentation s’ajoute à d’autres. L’inflation est une contrainte réelle pour des groupes faisant des petites salles mais on se doute que des artistes capables de remplir Bercy peuvent un peu plus facilement amortir ce surcoût.

L’offre et la demande

Le prix d’un concert peut se définir à travers ses coûts mais aussi ce que le public est prêt à payer. Il est toujours possible de s’en plaindre mais la musique reste une activité capitaliste. Le prix se définit donc, in fine, par la rencontre de l’offre et la demande. Si la demande est très forte pour un artiste, alors il sera en situation de monopole et pourra dicter son prix. À l’inverse, un groupe peu attendu n’aura pas de moyen de levier pour augmenter ses prix (situation de monopsone).

Comme pour les vinyles, où les tarifs sont toujours plus décorrélés du coût de fabrication, certains chanteurs ont la possibilité de faire payer très cher à leur public les places de concert. Ce choix écarte nécessairement une partie du public, au profit d’une logistique aussi plus simple. Pour le dire autrement: il est plus rentable de faire payer beaucoup moins de personnes que de faire payer moins beaucoup de personnes.

Par ailleurs si les artistes jouent malgré tout le jeu, il se peut que les scalpers se chargent d’aller chercher les quelques sous qu’il reste à prendre.

encore et toujours le streaming

J’évoque ici régulièrement le streaming. Oui Spotify et consorts ont des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème, y compris les concerts.

En janvier 2025, nous avions relayé ici même un article de Mike Reed, fondateur du festival de Pitchfork qui, lui même, reliait les deux phénomènes, notamment à cause de l’augmentation des cachets des artistes. La raison en est même double ! D’une part les maisons de disques n’injectent plus d’argent pour les tournées (historiquement un moyen de promouvoir les groupes) et d’autre part les groupes répercutent une partie du manque à gagner des albums sur leurs cachets (ce qui est bien normal).

L’influence du streaming joue aussi sur les goûts du public lui même. À travers le poptimisme et les algorithmes des plateformes: le public favorise encore davantage les grandes stars aux artistes émergents. De ce fait, le streaming a en partie induit les comportements de monopole évoqués dans la précédente partie !

Quel avenir pour le concert

Soyons optimistes pour l’avenir du concert ! Les gens ont plus que jamais envie de vivre cette expérience. Ils ont reporté une partie de leur budget culture des disques vers le live.

Le prix des places de concert n’est pas une fatalité. Certes il existe des causes exogènes contre lesquelles il n’est pas possible d’agir mais la demande est un levier important. Finalement un des meilleurs remèdes contre les places chères restent de défendre une culture underground et vivante.

N’est-ce pas satisfaisant d’avoir vu Turnstile à la Mécanique Ondulatoire avec une centaine de personnes et les voir désormais gagner deux Grammys en 2026 (source) ? Oui découvrir des groupes nécessite un peu d’implication mais constitue aussi une forme de récompense. Cela reste en tout cas le meilleur moyen de payer des places de concerts sans devoir faire un crédit à la consommation. Et vous, quels groupes connus avez vous vu dans une petite salle ?

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