PLAYLIST: Motown (1970-1973)

Après la période 1964-1969, il était temps de continuer l’aventure Motown. À l’image de la situation politique étatsunienne, le label de Detroit est en proie à une véritable révolution ! L’organisation tayloriste de Berry Gordy vole en éclat et les artistes prennent le pouvoir. Stevie Wonder, Marvin Gaye ou Diana Ross s’affirment ainsi comme les nouvelles stars du label du Midwest.

La Motown est-elle toujours à Detroit d’ailleurs ? Après avoir créé une filière en Californie (MoWest), elle déménage à Los Angeles en 1972. Logique pour le business de la musique, mais cela marque aussi une certaine normalisation du label. Ses recettes sont copiées par les autres, parfois presque mieux ! Philadelphia International Records (PIR pour les intimes) en particulier reprend l’esprit de la Motown des sixties et l’applique aux années 70.

Pour autant, le label de Berry Gordy (en photo) n’a pas perdu la main. En plus de ses stars, elle peut compter sur la paire Barrett Strong & Norman Whitfield pour aligner les merveilles de soul psychédélique avec différents groupes et chanteurs comme Undisputed Truth, les Temptations ou Edwin Starr. Le label touche aussi un peu à tout, notamment avec sa division rock, nommée de la même manière que sa figure de proue: Rare Earth.

01 – Diana Ross « Surrender » (1971)

Pour Diana Ross, la fin des sixties marque aussi le départ des Supremes. Si ces dernières continuent l’aventure, les exploits de leur ancienne chanteuse sont indépassables. Dès 1970, elle collabore énormément avec le duo Ashford & Simpson, marque absolue de qualité (Ain’t No Mountain High Enough…), notamment sur la géniale Surrender en 1971.

02 – Marvin Gaye « What’s Going On » (1971)

What’s Going On (1971) de Marvin Gaye est un des albums les plus représentatifs de la Motown de cette période charnière. L’ancien boxeur, second couteau du label, y prend une envergure incroyable. Cet album marque les esprits par son ambition, sa qualité et son message écologiste très fort. Ce n’est pas un hasard s’il figure systématiquement dans les meilleurs albums de tous les temps !

03 – Edwin Starr « War » (1970)

Edwin Starr est un transfuge du label local Ric-Tic. Il est confié au bon soin de la paire Strong-Whitfield. Si le trio Holland-Dozier-Holland définit le son des sixties de la Motown, c’est Strong-Whitfield qui font entrer le label de Détroit dans les années soixante-dix ! Leur soul psychédélique, rock et baroque, va merveilleusement bien à la voix incroyable d’Edwin Starr.

04 – Eddie Kendricks « Keep On Truckin' » (1973)

Comme Diana Ross, Eddie Kendricks s’extirpe des Temptations pour démarrer une carrière solo au début des années 70. Il sort ses premiers disques en solitaire dès 1971. Si sa carrière n’atteint pas les cimes de celle de Diana Ross (mais qui peut la concurrencer ?), Eddie Kendricks fait quelques tubes de premier ordre dans les années 70 dont la géniale Keep On Truckin’ en 1973. Produite par Leonard Caston Jr (I’ll keep my Light in my window) et Frank Wilson (auteur du classique northern soul Do I Love You), ce single est un classique proto-disco et une pure merveille !

05 – The Undisputed Truth « Smiling Faces Sometimes » (1971)

Undisputed Truth est la réponse de la Motown à des groupes comme Rotary Connection ou The 5th Dimension. À la manœuvre nul autre que le duo Strong-Whitfield qui livre le meilleur de leur répertoire au groupe ! C’est notamment le cas de l’immense classique Smiling Faces Sometimes, peut être le titre le plus connu d’Undisputed Truth.

06 – Stevie Wonder « Living for the city » (1973)

Le run des années 70 de Stevie Wonder est proche de la perfection. Artistiquement, difficile de faire mieux que le chanteur afro-américain: Stevie Wonder a la maîtrise des très grands et un instinct unique. Même quand il écrit pour les autres: on reconnaît sa patte ! Cela tient à des choix d’accords particulier, des mélodies uniques et un talent hors du commun. Soyons heureux de vivre au même moment qu’un génie comme Stevie Wonder !

07 – The Temptations « Papa was a Rollin’ Stone » (1972)

Les Temptations sont un des groupes avec la meilleure durée de vie à la Motown. Ils ont d’ailleurs fait des tubes pour le label de Detroit sur au moins trois décennies différentes ! Dans cette première moitié des seventies, le groupe s’éprend de la soul psychédélique avec l’aide de la paire Strong-Whitfield (oui encore). C’est d’ailleurs à l’écriture de l’immense classique, un peu proto-disco, Papa Was A Rollin’ Stone, un des morceaux les plus emblématiques des clubs et boums de l’époque malgré sa structure très singulière. Mais quelle ligne de basse fabuleuse non ?

08 – Willie Hutch « Brother’s Gonna Work It Out » (1973)

Willie Hutch démarre dans le business de la musique à la fin des sixties. Il collabore avec 5th Dimension et est repéré par Hal Davies. Après avoir écrit les paroles d’I’ll Be There pour les Jackson Five, il est recruté par Berry Gordy dans le staff. Il écrit/produit pour Marvin Gaye, Smokey Robinson ou les Miracles. Il publie également quelques disques sous son propre nom dans cette géniale bande originale du film Blaxploitation, The Mack.

09 – The Four Tops « I Can’t Quit Your Love » (1972)

Le déménagement en Californie de la Motown ne se fait pas sans heurt. Une partie des groupes historiques du label de Detroit reste dans le Michigan. Ce sera notamment le cas des Funk Brothers (le backing band de la plupart des disques sixties) mais aussi des Four Tops. Ces derniers signent alors chz ABC-Dunhill. La discographie du début des années 70 des Four Tops est donc un peu moins connue mais comportent de jolies choses comme ce morceau.

10 – The Spinners « It’s a Shame » (1970)

Les Spinners démarrent leur carrière discographiques au début des années 60 sur le label d’Harvey Fuqua. En 1964, le roster est acheté par la Motown, y compris les Spinners. Ils sortent leur premier single en 1965. Contrairement à d’autres groupes de la même période (Four Tops, Temptations, Supremes etc.), les Spinners n’atteignent jamais véritablement un pallier de reconnaissance lors de leur passage sur la Motown. Pourtant, cela aurait pu avec l’emblématique It’s a Shame écrite par Stevie Wonder. GC Cameron (qui a entre temps rejoint le groupe) chante le lead du morceau mais rien n’y fera. Le groupe ne fait pas le trajet à Los Angeles, à l’inverse de leur chanteur qui reste sous contrat. Atlantic récupère les Spinners, les font enregistrer à Philadelphie: ceci est une histoire pour un autre jour !

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