Imaginez la situation: vous sortez votre valise du Thalys. Premiers pas à Amsterdam, entre les musées (Van Gogh etc.) et les ballades entre les canaux vous vous réservez un peu de temps pour faire les disquaires. Comment alors trouver les bons disquaires ? Le réflexe est d’ouvrir Google Maps mais parfois vous vous sentirez tout aussi dépourvu après qu’avant. Voici donc mes techniques personnelles pour trouver les lieux idéaux pour moi.
Je vous partage ici mes stratégies, développées depuis 15-20 ans de digging à travers de nombreuses villes européennes (Amsterdam, Varsovie, Stockholm, Barcelone, Bruxelles etc.) et françaises (Paris, Marseille, Nancy, Lyon, Bordeaux etc.). Rendez-vous à la fin de l’article pour avoir une synthèse de toutes mes suggestions.

Les bons et les mauvais disquaires
Il y a deux ans, je me demandais ici même: c’est quoi un bon disquaire ? (article). La réalité, c’est qu’au delà de certains critères assez objectifs (le choix, le prix), les bons disquaires, ce sont eux vous trouverez des vinyles qui vous intéressent à un prix qui vous paraît juste. Personne ne sera unanime sur son adresse préférée: c’est toute la beauté de la chose !
En effet: il y a vraiment très peu d’endroits vraiment mauvais. Rares sont ceux que nous aurions envie de recommander à absolument personne; enfin on en a tous un ou deux en tête quand même, souvent à cause d’un accueil déplorable ! Pour autant une mauvaise boutique est souvent une question de choix malheureux. Notre frustration vient généralement du manque d’adéquation entre nos attentes et ce qu’il y a dans les bacs de l’échoppe.
Les avis google
Le premier réflexe: ouvrir google maps, cherchez les disquaires autour de soi et consulter les avis google. Certes cela constitue un bon début et un moyen de défricher le travail. Pour autant, de mon point de vue, les avis google sont généralement trop neutres et pas assez détaillés pour vous apporter les détails cruciaux qui pourront vous donner envie (ou à l’inverse, passer son tour) de passer la porte !
Prenons un exemple concret. Je viens de consulter les avis d’un disquaire à Barcelone qui ne correspondait pas à mes attentes. Il a une excellente note (4,8/5) et voici quelques commentaires dessus:
- Sélection serrée mais éclectique […]. Un super endroit pour digger !
- une des rares boutiques qui proposent de l’occasion
- Certainement le meilleur disquaire de Barcelone !
Je suis moi même intéressé par l’occasion et plutôt éclectique dans mes recherches, pour autant, ce n’était pas le bon pour moi. Ce n’est pas grave, chaque disquaire a sa ligne éditoriale, avec ses fans et ceux qui y sont moins sensibles. L’essentiel c’est d’en avoir conscience et de trouver des moyens de réduire l’incertitude.

Identifier ce que l’on cherche
Il y a un travail d’introspection intéressant à faire sur soi pour identifier ses besoins. Est-ce que je cherche du neuf ou de l’occasion ? Est-ce que je souhaite trouver des collectors ou des disques plus usuels ? Quel type de musique ? À quel prix ?
Toutes ces questions vont nous permettre d’affiner notre recherche des bons disquaires. Si chaque lieu a sa propre personnalité et ses singularités, il existe malgré tout quelques catégories récurrentes.
Disquaire généraliste ou spécialisé ? Certains disquaires stockent différents styles de musique et n’ont pas une esthétique prononcée. À l’inverse d’autres sont dédiés à des genres musicaux spécifiques comme le métal, la pop, les musiques électroniques, la musique indépendante. Souvent les disquaires ont d’autres styles dans leurs bacs que celui de prédilection mais ils n’auront pas toujours des sélections poussées dans ces styles annexes. Par exemple si vous cherchez un variant spécifique d’un album de Madonna ou Taylor Swift, vous avez plus de chance de le trouver à Paris chez Lucky Records que chez Music Fear Satan. À l’inverse, chez cette dernière vous serez aux anges (ou en enfer en fonction de vos convictions personnelles) pour y trouver Chat Pile ou Mastodon.
De l’occasion ou du neuf ? Aujourd’hui la majorité des disquaires stockent à la fois de l’occasion et du neuf. Il s’agit, pour beaucoup d’entre eux, d’un réflexe de survie. Avec l’augmentation des prix des vinyles en neuf, beaucoup de disquaire ont développé une offre complémentaire en occasion pour adoucir la note des clients. Même si de nombreux disquaires ont à la fois les deux, souvent il y aura une dominante dans leurs bacs. Des disquaires d’occasion avec quelques références très choisies pour compléter. Des disquaires en neuf qui font un peu d’occasion à la demande de leurs clients. Les boutiques sont rarement complètement équilibrées dans leurs stocks. L’orientation générale du lieu entre occasion et neuf donnera ainsi quelques indications sur les choix musicaux. Même si l’occasion récente existe, elle est souvent associé à des styles des années 60 à 2000 (psychédélique, punk, disco, house, techno, italo-disco, garage, progressif, funk, northern soul etc.) plutôt que contemporains (trap, pop moderne, etc.).

Collector ou tout venant ? Par tout venant je n’entends rien de péjoratif ! Certains disquaires ont simplement une approche plus premium avec une sélection très drastique des pièces quand d’autres auront une approche plus démocratique et fun. Les prix seront en conséquence. Les disquaires premium auront aussi souvent des prix premium se justifiant sur la base du travail rigoureux pour choisir les disques à vendre. Vous pourriez faire un infarctus en fouillant les bacs de certaines boutiques !
Comment trouver des informations pertinentes grâce à Insta et Discogs
Maintenant que vous avez défini un peu plus clairement ce que vous cherchez, il est temps de passer au crible les différentes adresses. On vient de faire un premier filtre avec les avis google. Ce n’est pas parfait mais ça permet déjà d’y voir un peu plus clair et d’éliminer les choix les plus éloignés ou les disquaires mal polis avec leurs clients (il y en a quelques uns).
Ensuite personnellement, j’utilise beaucoup deux sources complémentaires et différentes: Discogs et Insta. Insta permet de capter la vibe d’un endroit. Vais-je me sentir à l’aise à y entrer ? Est-ce que la boutique me plaît et me parle ? Quelle est la DA du lieu ? Font-ils des activités annexes (showcase, café) ? Parfois cela va plus loin : de nombreux disquaires prennent désormais des vidéos des arrivages qu’ils postent sur insta et/ou facebook. Une bonne manière d’avoir une idée du fond de catalogue du lieu convoité !
Discogs est un autre outil très intéressant, surtout si vous utilisez déjà la fonction wantlist sur le site. De nombreux disquaires font désormais aussi de la vente sur le marketplace et mette leur stock (en partie ou en intégralité) dessus. De ce fait, en croisant les deux (leur liste et votre wantlist) vous pouvez identifier des références intéressantes avec l’état et le prix. C’est très pratique et ça peut donner l’envie d’aller dans certains disquaires spécifiques en sachant qu’on en reviendra pas bredouille.

Les recommandations
En plus des avis google, d’Insta et Discogs, les recommandations sont très efficaces. Des gens vous en filent spontanément, et vous pouvez aussi en demander. Il y a aussi des adresses connues quand on traîne dans une scène.
Par exemple vous pouvez poster un sujet sur reddit dans un des forums dédiés aux vinyles (r/vinyl ou r/vinyle_france par exemple). Plus votre demande est précise (notamment sur l’occasion/neuf, les styles musicaux etc.), plus les suggestions sont intéressantes. Vous pouvez aussi le faire à travers vos réseaux sociaux sur Twitter/X ou Insta. Régulièrement on s’échange des bons plans de la sorte avec les autres frapadingues de la secte vinyle.
Enfin il y a aussi le contenu écrit disponible sur internet. De nombreux sites dédiés aux vinyles ou au tourisme mettent en place des listes. J’ai d’ailleurs moi même effectué l’exercice pour Barcelone l’année dernière ! Si le contenu n’est pas toujours à jour cela peut aider à défricher et donner des pistes. On peut cependant regreter que cela soit généralement très généraliste et pas très précis dans les descriptions. Un passionné spécialisé aura nécessairement un point de vue plus détaillé et intéressant (mais pas toujours objectif) sur un lieu qu’un site de tourisme: le journalisme envoyé n’aura pas toujours l’envie d’acheter des disques !
Décriée, l’IA peut s’avérer plutôt utile si bien utilisée dans ce contexte. Elle va scanner le contenu d’internet à votre place et en tirer des pistes intéressantes. Sa matière première sera sûrement les recommandations humaines faites à travers des forums ou reddit (les meilleures selon moi car les plus honnêtes). En revanche, il sera très utile de confirmer les informations avec d’autres sources. En demandant des suggestions parisiennes (je cherche des albums de Paco de Lucia en ce moment), une IA m’a, par exemple, proposé Le Silence de la Rue, fermé depuis 2025.

Cas pratique
En cette année 2026, j’ai été deux fois à l’étranger à ce jour: à Amsterdam et Barcelone.
Pour Amsterdam, j’ai effectué des recherches sur internet, couplé avec google maps. J’ai complété en regardant les résultats Reddit et j’ai moi même demandé directement en anglais sur le site. Les suggestions étaient excellentes !
En Catalogne, la situation est légèrement différente. Nous allons tous les ans en vacances dans le comarque de Garraf, à une quarantaine de kilomètres de Barcelone. De ce fait je prévois systématiquement plusieurs sorties disquaires dans la capitale catalane ! Faisant cela depuis des années (voir des décennies, le temps passe vite !), j’ai déjà une sélection de disquaires à faire en tête avant même de voyager. Cependant, j’essaye régulièrement de me mettre à jour et d’essayer d’autres lieux. Cette année, j’ai beaucoup utilisé Instagram et Discogs. Grâce à Instagram, j’ai su que je devais mettre EGE Botiga en tête de mes choix. En effet je vois régulièrement leurs arrivages ! Autre spot repéré grâce au réseau social: Angelita Records. Pour ce dernier, j’ai d’ailleurs couplé avec Discogs pour avoir une idée des disques sur place et des prix. J’en ai fait de même avec Barcelona City Records. Je me suis lancé dans une visite car j’avais repéré assez de références intéressantes à travers leur page.
Discogs ne fait cependant pas tout, parfois il y a des ratés. Il y a deux ans, j’avais essayé les disquaires de la galerie Olimpia, sur la base d’articles et de listing discogs: ce fut un échec. Cela arrive ! Mon site est là aussi pour donner mes impressions et vous aidez à votre tour dans cette magnifique quête.

L’essentiel pour trouver des bons disquaires
L’essentiel de mes recommandations:
- Un petit tour sur les avis google mais ne pas s’en contenter,
- identifier ce que l’on cherche (neuf/occasion, des nouveautés, des oldies, gamme de prix etc.),
- recherches en ligne pour élaguer le sujet (sites spécialisés vinyles d’abord puis touristiques),
- utiliser son réseau (Instagram, forums, Reddit, X/Twitter etc.)
- consulter Instagram pour connaître l’ambiance du disquaire
- regarder les disques en ventes sur Discogs pour avoir une idée des prix et du choix.
Dans tous les cas, même si le disquaire ne vous correspond pas: ce n’est pas grave. Si un endroit ne vous parle pas, vous pouvez faire marche arrière et aller ailleurs. Acheter n’est jamais une obligation et doit rester une source de plaisir !








