Maniac est la chanson d’une vie pour Michael Sembello. À tous les coups, le titre lui rapporte encore de quoi se mettre bien quarante trois ans après ! Figurant au menu de Bossa Nova Hotel (1983), Maniac est aussi l’arbre qui cache une luxuriante forêt. Morceau paranoïaque au tempo frénétique, il ne représente qu’une modeste facette du style de l’Américain originaire de Philadelphie (un signe!).
Issu d’une famille de musiciens, Michael Sembello et ses frangins (John et Danny) démarrent très tôt dans la musique. Dans les années 70, Michael, l’enfant sandwich, est un musicien de studio apprécié. Il rejoint le groupe de Sergio Mendes et celui de Stevie Wonder. Il co-signe même un morceau (Saturn) de Songs in The Key of Life (1976)! Il place ses chansons chez des musiciens connus, en particulier de la scène soul/funk/disco. Diana Ross (Mirror Mirror) ou Chaka Khan (Eye To Eye) enregistrent par exemple ses compositions. Son salut aurait même pu venir de Michael Jackson lui-même: une de ses compositions (Carousel) a été sortie de Thriller (1982) pour faire de la place à Human Nature !
Sembello ne se décourage pas pour autant. Avec son pote (et claviériste) Dennis Matkosky, ils conçoivent ensemble la démo de Maniac, un morceau inspiré des tueurs en série et des slashers (Massacre à la Tronçonneuse etc.). Après une réécriture bienvenue des paroles, la chanson devient un des sommets du film Flashdance. Le succès énorme du film doit aussi un peu à la présence de Maniac ! Entendu des centaines de fois, on est quand même toujours happé par la magie de cette chanson, son énergie et sa puissance émotionnelle unique. Pourtant, le titre est très différent du reste du répertoire de Michael Sembello.
À l’écoute de Bossa Nova Hotel, la passion de Sembello pour la soul/funk et le soft rock reprend le dessus. On pense alors beaucoup à son ancien employeur, Stevie Wonder. Excellent songwriter, Michael Sembello a aussi un très joli brin de voix. En dix chansons il propose un excellent disque de yacht-rock digital. Les synthétiseurs et boîtes à rythmes sont omniprésents mais l’ensemble est chaleureux et groovy. Bossa Nova Hotel est presque un paradoxe: produit de manière très contemporaine, il développe pourtant un style associé à la fin des années 70. En 1983, ils sont en effet bien peu à encore pratiquer ce soft-rock funky et racé. La mode est alors au rock FM plus qu’à la sophistication chaleureuse des seventies.
À travers Bossa Nova Hotel, Michael Sembello imagine sa propre voie, à l’image de la pochette décalée. La production a ce clinquant chromé typique des grosses cylindrées américaines de l’époque. Bacchanal de DX7 et LinnDrums, Sembello et Phil Ramone usent et abusent des nouveautés de l’époque. Il y a aussi quelques instruments plus classiques (guitares, Fender Rhodes, percussions) pour ne pas non plus trop désorienter ! La grâce et la qualité de l’écriture propulsent l’ensemble dans une expérience auditive envoûtante. Ce disque sonne divinement bien. Bossa Nova Hotel est en effet une affaire de professionnels qui connaissent leur taff et le font avec beaucoup de plaisir. À écouter, même quarante ans (43) plus tard, impossible de ne pas dodeliner de la tête et se remettre l’album en boucle !
Bossa Nova Hotel est un album de pointures mais qui n’en font pas des caisses. Michael Sembello et sa bande s’autorisent même des touches d’humour comme les grognements sur Godzilla ou un banjo très rétro sur Cowboy. Cette dernière est d’ailleurs irrésistible avec sa basse syncopée et ultra-funky. Il y a aussi Automatic Man, l’autre single important de Bossa Nova Hotel ! Son succès commercial est modeste face à la vague Maniac mais quel dommage. Ce morceau est fantastique et mériterait largement d’être massivement redécouvert. Comme tout Bossa Nova Hotel en réalité, Michael Sembello a un savoir-faire presque anachronique pour 1983: un goût pour le raffinement qui ne vire pas à la démonstration stérile. Parmi les moments forts, citons aussi la géniale Cadillac, les très jolies Lay Back ou It’s Over ou la funky/mélancolique First Time.
Bossa Nova Hotel est un super album de yacht-rock tardif. Certes la production digitale en déroutera certains. Une fois les prémices acceptées: le résultat est démesurément cool ! Michael Sembello signe un album assez unique en son genre (en dehors des Stevie Wonder contemporain ?), à la fois fun et élégant. À mille lieux d’un disque prétentieux, Bossa Nova Hotel est un moment de grâce suspendu auquel on revient facilement avec une joie non dissimulée.
note personnelle: 5/5







