En octobre 2024, notre tour du monde des groupes des années soixante s’était arrêté au Québec. Après le Japon en janvier, il est temps de reprendre et de refaire un tour chez nos amis canadiens !
Cette fois-ci il sera donc question du Canada anglophone. Les Canadiens entretiennent un rapport assez compliqué avec les Etats Unis. Si les francophones ont une langue à défendre et donc une identité qui s’écrit facilement dans la musique, les anglophones se fondent plus facilement dans la production nord-américaine en général. Ils sont évidemment fiers quand leurs groupes percent à l’étranger, ce qui est bien normal !
Cette similitude a aussi ses qualités. Quand les groupes européens – et même québécois – sonnent souvent beat, le rock canadien anglophone sixties semble un peu plus proche esthétiquement et qualitativement du garage-rock US, beaucoup d’orgue farfisa et fuzz. Bien sûr à la base de tout cela il y a la British Invasion. Les Beatles envahissent le monde avec des guitares et ne laissent personnes indifférents. Les Guess Who qui ouvrent notre playlist ne diront d’ailleurs pas le contraire ! Pour autant, certains morceaux de cette playlist figurent sur les grandes compilations du genre comme les Back From The Grave, Teenage Shutdown ou Pebbles avec des groupes du Midwest ou Californie. Cela souligne très bien cette proximité culturelle. Au fond il y a presque un certain continuum entre les deux pays. Certes le Canada est souvent un peu plus civilisé mais la radio passe les frontières de même que les groupes.
Prêt à partir pour Winnipeg en passant par Toronto ?
01 – The Guess Who « It’s my pride » (1966, Winnipeg)
Démarrons sur ce qui est, sans aucun doute possible, le groupe canadien le plus connu des années 60: The Guess Who. Le groupe s’appelle d’abord Chad Allan & The Expressions mais le label (Quality) décident de les renommer Guess Who pour faire monter la sauce. L’idée était de teaser la formation comme s’il s’agissait d’un groupe britannique (devine qui ? peut être les Beatles !). Ils connaissent un important succès et adopte alors définitivement ce nom. S’ils sont populaires au Canada, ils vont connaître le succès ailleurs dans le monde et notamment aux Etats Unis avec l’immense American Woman en 1969. Pour cette sélection on reste cependant sur la pépite beat/garage It’s my Pride compilée de nombreuses fois, notamment sur la Nuggets II (2001).
02 – The Painted Ship « Little White Lies » (1966, Vancouver)
Les Painted Ship ont sorti deux 45 tours en 1966/1967. Visiblement un album avait été enregistré selon l’interview donnée par Bill Hay au site PsychedelicBabyMag.
03 – The Stonemen « Faded Colors » (1967, Cap Pelé)
Un unique 45 tours pour ces Canadiens du New Brunswick. Les Stonemen ont visiblement entendu Hendrix mais le résultat est excellent sur les deux faces ! Il y a eu une réédition du vinyle chez Celluloid Lunch il y a quelques années avec une histoire complète du groupe !
04 – The Great Scots « Ball & Chain » (1966, Nova Scotia)
Les Great Scots se sont d’abord appelé les Beavers, ils avaient visiblement une coupe de cheveux en adéquation ! Renommés et relookés en Ecossais, le groupe a pas mal tourné et enregistré aux Etats Unis.
05 – The Witness Inc. « Jezebel » (1967, Saskatoon)
Les Witness Inc. ont sorti 5 singles dans les années soixante sur le label canadien Apex.
06 – The Paupers « Magic People » (1967, Toronto)
Avec les Paupers ont sort (un peu) du son garage-rock pour aller vers le psychédélisme. Un des plus gros groupes de la période au Canada avec plusieurs albums (de très bonnes factures) à la clef. Magic est un de leur titre les plus connus.
07 – The Ugly Ducklings « Nothin' » (1966, Toronto)
Nothin’ est un des morceaux les plus compilés de cette sélection et à raison. Les Ugly Ducklings sont une des meilleures formations garage-rock canadiennes. Les Canadiens sortent une demi douzaine de singles et un album dans les années 60. Le groupe est réactivé dix ans plus tard et sort de nouveau un album en 1980 où ils reprennent certains de leurs classiques dont Nothin’.
08 – MG and The Escorts « a someday fool » (1967, Montréal)
Magnifique morceau de garage-rock dans la pure tradition du genre. C’est féroce et fier comme un paon. Super son de guitare, la voix évoque aussi le meilleur du genre, notamment les Rationals. MG & The Escorts était un groupe de Montréal mais anglophone, le groupe a sorti 4 singles à l’époque. La page dédiée sur l’excellent site garagehangover est tout aussi passionnante que triste. Par exemple, leur batteur, Billy Bryans a fait une belle carrière dans la musique au Canada et a notamment œuvré pour la reconnaissance de la musique latine là bas. Il tenait pendant longtemps un blog et nous a quitté en 2012.
09 – Bohemians « I Need You » (1966, Montréal)
Encore un autre groupe de Montréal. Ces Bohemians n’ont sorti qu’un unique single. Tobias Rochman, le fils d’un des membres du groupe reprend avec son propre groupe Grand Trine les deux faces du 45 tours. Celui-ci est plus connu pour sa participation à Pelada, un duo électronique qui a un certain succès dans la scène underground actuelle.
10 – Power of Beckett « Lost Soul in Disillusion » (1967, Montréal)
Deux 45 tours et puis s’en vont ! The Power of Beckett a néanmoins sorti un des monuments du garage-rock local. Ces Canadiens avaient le feu et finissent en beauté cette sélection.







