En septembre dernier, Trouble In Mind annonçait la fin de ses activités. Après une première playlist dédiée à la période 2009-2014, voici une seconde partie consacrée aux dernières années et couvrant 2015 à 2025.
Le label de Chicago a toujours su maintenir la qualité de ses sorties à travers les années et suivre les groupes sur plusieurs albums. En voici dix démonstrations ! J’ai mentionné à nouveaux certains groupes de la première car ils m’apparaissaient impensable de ne pas évoquer certains albums, parmi les plus marquants pour moi !
Comme pour la première partie, Trouble In Mind a réuni une internationale pop autour de lui, trouvant ses groupes aux Etats Unis, en Angleterre (Ultimate Painting), Australie (Dick Diver, Shifters, Chook Race), Nouvelle Zélande (Salad Boys), France (En Attendant Ana) ou Espagne (Melenas).
01 – Chook Race « Hard to Clean » (2016, Melbourne)
Around the House (2016) des Australiens de Chook Race est peut être un de mes albums préférés de la seconde période de Trouble In Mind. Après ce deuxième album, le groupe n’a rien sorti d’autres: tellement dommage. Hard to Clean a tout ce qui me plaît dans l’indie-pop: de l’énergie, de la vitalité, des mélodies mémorables. Cette chanson est fantastique !
02 – The Tubs « Freak Mode » (2024, Cardiff)
Publié en amont de leur deuxième album, Freak Mode est une petite merveille des Gallois de The Tubs. Leur album Cotton Crown (2025) est un de mes disques indie préférés de l’année en cours. La voix particulière peut initialement dérouter mais fait aussi l’identité du groupe.
03 – Dummy « Null Space » (2024, Los Angeles)
En 2024, les Californiens de Dummy publiaient leur deuxième album pour Trouble In Mind (et tout court), le fantastique Free Energy. Si vous me demandez ce que j’attends de la pop indépendante dans cette décennie, Dummy pourrait avoir une partie de la réponse. Un album vibrant, avec des choix de productions audacieux, très loin de beaucoup de productions estampillées indie-pop.
04 – Klaus Johann Grobe « Ja! » (2018, Suisse)
Du Bist So Symmetrisch (2018) était un tournant dans la discographie de Klaus Johann Grobe. Sept ans plus tard, le disque conserve une saveur particulière. J’adore ce virage vers la pop synthétique tout en maintenant l’usage de l’allemand. Vraiment un super album ! Io Tu Il Loro (2024) fait à nouveau un changement de cap prononcé en abordant les rivages du yacht rock / soft rock. Ce disque est aussi un petite merveille !
05 – Omni « Wire » (2016, Atlanta)
Tout le monde ne sera pas forcément de mon avis, mais le premier album d’Omni est aussi de loin leur meilleur. La formule est déjà là (post-punk mais assez singulier) et superbement exécuté. Deluxe est un petit classique des années 2010. Depuis le groupe a changé de label, passant de Trouble In Mind à Sub Pop, mais pas de son.
06 – The Butterscotch Cathedral « Loud Heavy Sun » (2015, Tucson)
The Butterscotch Cathedral est l’un des alias de Matt Rendon (Resonars). Sous ce nom il a publié un unique album pour Trouble In Mind en 2015 à redécouvrir !
07 – Ultimate Painting « Song for Brian Jones » (2016, Londres)
Contrairement à d’autres groupes, Ultimate Painting n’a pas sorti son meilleur album avec le premier. Je pense en effet que Dusk (2016) est sûrement mon favoris de la formation britannique ! Song for Brian Jones est une merveille par exemple.
08 – Salad Boys « Dream Date » (2015, Christchurch)
Salad Boys est un groupe néo-zélandais qui maintient la flamme du Dunedin Sound. Dream Date, extrait de leur deuxième album (sur trois en tout) est une petite merveille de jangle pop avec ce qu’il faut de raideur pour séduire !
09 – The Love-Birds « Hit my Head » (2018, San Francisco)
The Love-Birds n’ont sorti qu’un album mais il devrait ravir les amateurs de jangle pop, des Byrds, de Teenage Fanclub ou de powerpop. Une partie du groupe a ensuite formé The Telephone Line qui a trouvé refuge sur le label espagnol Meriotorio Records.
10 – En Attendant Ana « In/out » (2019, Paris)
En Attendant Ana est l’une des autres signatures françaises du label de Chicago. Si le premier album était initialement sorti sur des labels français (Montagne Sacrée et Buddy Records), la formation parisienne a rapidement été repérée chez Trouble In Mind. Sur le label nord-américain, les français sortent leurs deux albums suivants: Juillet (2019) et Principia (2023).








En y repensant, cette disparition, elle a quand même un drôle de goût. Peut-être celui de l’Espace B – bière qui colle aux semelles, couscous gratuit et un trottoir pour salon. Où il suffisait que l’agenda mentionne Trouble In Mind pour avoir la certitude que l’étincelle pop allait illuminer la salle.
Quand est-ce que ça a commencé ? Peut-être avec Olden Yolk passé par là dans le sillage de Quilt et de Molly Burch. A moins que ce soit Paperhead qui ait ouvert la voie…
Le vrai moment, celui qui compte : David Nance. Un soir de blizzard qui retient tout le monde à la maison. La première partie repart avec ses copains. On finit à trois devant Nance. Trois. On en reparlera deux ans plus tard, le temps d’une autre soirée, plus douce celle-là, organisée du côté de Petit Bain. On était prêt à se laisser emporter par les Shifters, avant qu’En Attendant Ana ne fasse tomber son monde à la renverse.
Ailleurs dans le catalogue, on regrettera de n’avoir vu de Lithics que sa belle pochette composée par la Brigade Cynophile, et d’avoir laissé passer la chance à chaque fois que Dummy traînait dans les parages.
Le dernier round, c’était il y a un an, à l’Olympic, avec les Australiennes de Parsnip. Elles ne sont même plus chez Trouble In Mind. Qu’importe. Le goût des soirées d’avant la chute de l’Espace B fait le reste. Quelques pintes, un public clairsemé, puis un soupir en guise de merci au moment de passer par le merch.
Parce que, cette fois, il faut se rendre à l’évidence. Le trouble a son spectre et il suit la tendance : les défricheurs mettent la clé sous la porte, on s’en remet aux reformations de groupes qu’on n’a pas eu le temps de célébrer plus tôt et les mélodies qui accrochent comptent parmi les grands disparus de 2025. Bien plus que des bannières où retrouver une forme d’exigence (Upset The Rythm, Anti Fade…) et qu’une reprise des affaires à la lueur du Chinois, on voudrait bien que le vent qui passait les portes de l’Espace B quinze fois par semaine se remette à souffler. Parce qu’on n’a jamais rien trouvé de mieux pour s’assurer qu’un label compte vraiment.
Hello !
Merci pour ton magnifique commentaire. Je m’y retrouve aussi un peu, j’ai été à certains concerts que tu évoques (Quilt, Paperhead).
Je pense aussi que l’on est dans une fin de cycle et pas forcément pour le mieux. La disparition de l’espace B, du motel, de l’inter, de nombreux labels dont Trouble In Mind (mais pas qu’eux, en France: Le Turc Mécanique ou AB Records). Il y a quelques raisons de ne pas se laisser aller complètement à la mélancolie mais il y a aussi de quoi s’interroger.
Peut être que la meilleure réponse à apporter est de continuer à défendre une certaine idée de la musique à travers les acteurs encore en place, que ce soit des groupes des salles de concerts, des disquaires, des labels ou des webzines.