ALBUM: Camel « Breathless » (Decca, 1978)

Perdu dans le désert, plus une seule clope dans la poche, mais Breathless de Camel dans les oreilles: elle n’est pas belle la vie ?

Le rock progressif est une curieuse affaire. Au fond, plus qu’un style musical c’est une attitude. Le post-punk fera aussi sienne cette antienne, d’ailleurs. Camel, en tout cas, adhère totalement à cet esprit progressif. Au début des seventies, le groupe se forme autour d’Andrew Latimer, Peter Bardens, et Andy Ward. Camel connaît le succès et les changements de line-up. Sur Breathless, en plus du noyau dur des débuts, Mel Collins (ex-King Crimson) et Richard Sinclair (Caravan) ont rejoint la troupe. La présence d’un musicien de l’école de Canterbury n’est pas une surprise. Après tout, Guildford et Canterbury ne sont qu’à une heure et demie de voiture ! Surtout, Camel a une certaine proximité esthétique avec quelques hérauts de la scène locale, en particulier Caravan justement. Le frangin de Richard, David, pose aussi quelques claviers sur l’album !

Breathless sort en 1978. L’hégémonie progressive est derrière nous. Balayés par le punk et la new wave, les groupes prog passent souvent pour des dinosaures. Il faut se rattacher aux branches ou périr. Camel choisit la première solution. Troquer la sophistication contre trois maigres accords: très peu pour les Britanniques : heureusement, le punk n’est pas la seule option ! Voilà donc nos chameaux en quête de disco et soft-rock. Une excellente idée : ces styles conviennent bien mieux à nos musiciens en reconversion.

Le sixième album de Camel est donc une drôle d’affaire, entre rock progressif, élans Four-on-the-Floor et tentatives pop. Indéniablement il ne sera pas du goût de tout le monde. Pour ma part je l’aime beaucoup. Il est, à sa manière, transgressif. Mieux encore: les morceaux sont excellents ! Il y a un cheminement et une cohérence dans Breathless. Quand Camel tente le disco-rock, le résultat séduit. Summer Lightning, sous ses velléités funky, surprend par sa délicatesse et son ambition. Le groupe aborde cet exercice sans se renier. Les arrangements sont superbes. Ils mettent en valeur de sompteux claviers et chœurs soignés. Richard Sinclair s’éclate avec sa basse micros actifs, ça taquine le manche en toute décontraction ! Six minutes de plaisir auditif pour les esthètes du dancefloor.

Ce n’est pas la seule réussite de Breathless. Dès la chanson titre, Camel étonne. Voix et guitares y convoquent la sensibilité des Smiths (oui pour de vrai !). Il y a quelque chose de profondément charmant et avenant dans ce titre d’ouverture, à l’image de ce sixième album. Camel s’aventure aussi dans le yacht-rock avec l’excellente Wing and Prayer. Camel groove mais n’oublie jamais d’élaborer de gracieuses mélodies, au charme britannique.

J’ai une affection particulière pour Down on the Farm. J’aurais adoré ce morceau en le découvrant enfant. La chanson fonctionne par tiroir: elle s’ouvre sur un gros riff de guitare baveuse, avant d’évoluer vers une pittoresque vignette pastorale. Il y a quelques sons d’animaux pour ne pas trop se prendre au sérieux (dont un facétieux cochon). You Make Me Smile est un autre exemple des ambitions cross-over du groupe britannique. Le titre est à la fois très lisible et subtile. Le motif rythmique plutôt complexe contraste avec l’évidence des mélodies. Echoes et The Sleeper sont les morceaux les plus ouvertement progressifs de l’album. Ils sont tout aussi attachants que les autres contributions.

Avec ce sixième album, Camel s’ouvre à différentes influences, tout en gardant ses fondamentaux progressifs. Breathless surprend agréablement par la qualité et la délicatesse des compositions. La production et les arrangements fonctionnent aussi comme un charme. L’album offre ainsi une expérience d’écoute très agréable, fluide, avec un soupçon d’originalité. Vraiment un joli disque à redécouvrir !

note personnelle: 4/5

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