L’Europe continentale n’est pas restée en marge de la vague soul de la seconde moitié des années soixante. À l’image des Etats-Unis ou l’Angleterre, le continent a dansé sur les tubes estampillés Stax, Atlantic ou Motown. Comme avec la musique beat, les groupes et producteurs locaux s’y sont essayés avec plus ou moins de bonheur, parfois en anglais, parfois dans la langue nationale. Il est l’heure de s’intéresser à l’Euro-soul, un terme parfois utilisé par les collectionneurs pour dégotter plus rapidement ces pépites, ici toutes des compositions originales (sauf erreur de ma part ?).
Comme avec la soul britannique (cf mon papier), l’apport des anciennes colonies espagnoles, néerlandaises ou françaises contribuent très positivement à l’essor de cette musique en Europe.
01 – Jess & James « You Can’t Cry Everyday » (1969)
Plus qu’aucun autre groupe de cette sélection, les Portugais Jess & James représentent l’Europe à eux seuls ! En effet, installés en Belgique, les deux chanteurs (à la manière du duo Sam & Dave) font aussi une très belle carrière en Espagne où ils enregistrent des versions spécifiques pour ce marché. Si l’Euro-soul a une quelconque existence, Jess & James en sont la plus belle preuve, un groupe estampillé UE de toute son âme.
02 – Vigon « The Spoiler » (1968)
Plus que l’Europe, le chanteur Vigon est très représentatif de la France des années 60/70. Né au Maroc, le musicien arrive à Paris à 19 ans et monte les Lemons dans lequel joue un certain Michel Jonasz. Entre 1965 et 1971, Vigon sort de nombreux 45 tours, dont une partie sera compilée sur l’album Greatest Hits en 1972. Dans les années 2000, l’album est réédité avec une nouvelle pochette, reprenant une très belle photographie de Jean-Louis Rancurel. Au début des années 2010, Vigon relance sa carrière de chanteur avec un album en trio (Vigon Bamy Jay) couronné d’un disque d’or en France.
03 – Los Ros « Cuéntame Cosas Tuyas » (1969)
Attention perle espagnole en vue ! Cuéntame Cosas Tuyas est un chef d’oeuvre de blue-eyed soul absolument irrésistible des Ros, un groupe auteur de plusieurs 45 tours (et aucun album) dans les années 60/70. Le disque a très récemment été réédité par le label Munster, une excellente nouvelle. Pour tout dire, j’ai appris l’information en faisant mes recherches pour cet article !
04 – Los Canarios « Get on Your Knees » (1968)
Si trouvé un OG de Los Ros va vous coûter un bras (ou du moins quelques restaurants), celui-ci ne vous amputera que d’une pinte voir d’un demi. Get On Your Knees des Canarios fut un des grands tubes euro-soul en Espagne en 1968. Comme son nom l’indique, le groupe est originaires des Canaries. L’archipel espagnol se situe dans l’Atlantique au large de l’Afrique, une situation comparable à des celles de Madère pour le Portugal.
05 – Georges Jouvin « Rhythm & Blues for Trumpet » (1967)
Si vous chiner en France à pieds, alors le suspect du jour ne vous est pas inconnu. Georges Jouvin vous l’évitez comme la peste. Il vous met en colère quand vous croisez ses disques en brocante. Est-ce que vous avez tord ? Sur un plan général non mais le bougre a fait quelques très bons morceaux dont cet étonnant Rhythm and Blues for Trumpet, un instrumental pas déconnant du tout !
06 – Doris « Don’t » (1970)
L’unique album de la chanteuse suédoise Doris est un sacré collector, heureusement il existe une réédition chez Mr. Bongo ! Un petit classique de la pop et soul européenne de la fin des sixties, portée par la voix rauque et puissance de Doris.
07 – Rocky Roberts « Stasera Mi Butto » (1967)
Rocky Roberts est né dans l’Alabama, pas si loin de la Géorgie d’Otis Redding. Cela donne un certain cachet non ? Comme d’autres chanteurs américains installés en Europe, Rocky Roberts (en photo) est venu avec l’armée, la Navy pour être plus précis. Sur les bases militaires il se découvre une passion et un talent pour le chant. Il accompagne les Airdales qui signent en France avec Barclay. Le succès de T-Bird fait traverser la frontière transalpine à l’ancien militaire. Rocky Roberts fait ainsi une très belle carrière en Italie dans la seconde moitié des sixties. Vous avez peut être déjà entendu sa voix qui apparaît dans un morceau de la BO de Django Unchained de Tarantino.
08 – The Free « Soul Party » (1968)
Ces Free là sont un groupe de Rotterdam (Pays-Bas) actifs quelques années. Leur chanteur, Roy Nickelson est originaire d’Aruba.
09 – Swinging Soul Machine « Spooky’s Day-Off » (1969)
Swinging Soul Machine est un autre groupe néerlandais originaire du port de Rotterdam. En plus du succès de l’instrumental Spooky’s Day-Off, il sorte un très solide (mais unique) album en 1969, intitulé Through The Eye. Une de mes trouvailles lors de mon voyage à Amsterdam !
10 – The Pop Tops « I Can’t Go On » (1967)
Créé à Madrid, le groupe espagnol Pop-Tops est particulièrement connu pour leur hit massif Mammy Blue. Titre composé par un français (Hubert Giraud), Phil Trim, le chanteur originaire de Trinidad y Tobago, écrit les paroles en anglais du morceau. Comme Los Canarios, le son des Pop-Tops doit beaucoup à leur producteur suisse Alain Milhaud, véritable manitou de la pop espagnole de la fin des sixties. Pour découvrir le groupe dans ce contexte euro-soul, je vous propose l’excellente face B de leur premier single I can’t let go.







