Le vinyle ne s’est jamais éteint mais connaît un très beau revival depuis deux décennies. Après les millennials il y a une dizaine d’années, la Gen Z s’est aussi approprié ce magnifique support. Que l’on soit un routard du vinyle ou débutant, nous avons tous des idées reçues sur le vinyle. Certaines s’avèrent vraies, d’autres non. Comment trier le bon grain de l’ivraie ?
Après dix idées reçues sur le compact disc, voici dix idées reçues sur le vinyle ! N’hésitez pas à commenter avec d’autres suggestions d’idées reçues, peut-être que nous pourrions faire une suite à ce premier papier !
01 – Un vinyle neuf qui saute est défectueux.
SOUVENT FAUX. Quand un vinyle neuf saute, plusieurs responsables possibles. On a généralement tendance à attribuer le défaut au vinyle, pourtant ce n’est pas toujours de sa faute ! Et parfois, pas de la manière à laquelle on pense. En effet, beaucoup des sauts sont dus à une inadéquation entre le vinyle et la platine. Un vinyle, avec un mastering moderne (plage dynamique faible, basses très présentes), mobilise plus la pointe (cellule, diamant) qui a alors du mal à rester dans le sillon. Si un vinyle neuf saute, il n’est probablement pas défectueux mais mixé agressivement. Souvent, c’est la platine qui ne va pas arriver à suivre correctement les sillons. De ce fait, je recommande toujours de choisir une platine où l’on peut régler le poids et l’anti-skating. Cela peut sembler intimidant de prime abord, pourtant c’est la seule manière de s’assurer de pouvoir écouter certains albums de pop moderne dans de bonnes conditions.
Encore cet été, j’ai eu une démonstration probante avec l’un de mes achats en Espagne: un album de Juan-Carlos Calderón en état VG. Sur la platine que j’ai utilisée en Espagne: l’album sautait. Je ne me suis pas inquiété car l’anti-skating (un petit poid suspendu à un fil en nylon) y est incomplet. Une fois arrivée à Paris: le vinyle passe bien et ne saute pas. Dans le même genre d’idée, je me souviens d’un de nos 45 tours, de Pain Dimension, avec un mastering assez hot. Quand nous le faisions écouter sur une platine portable (Vestax Handy Trax) lors de convention, il sautait souvent ! Sur la platine de salon, il passait, en revanche, parfaitement.
02 – Un vinyle coloré sonne moins bien qu’un vinyle noir
PLUTÔT VRAI, mais la différence est assez faible, en particulier sur les pressages modernes. Contrairement à l’idée reçue, le vinyle est transparent à l’origine. Le noir est une coloration: du noir de carbone. Le noir de carbone aide à la répartition de la chaleur pendant le pressage mais aussi à la solidité du support. Les disques de couleur ont généralement un petit peu plus de bruit de fond. Tous les colorants n’ont pas les mêmes propriétés. Cependant, en général, un vinyle de couleur uni aura une différence très minime avec un vinyle noir. Les marbled sont un peu plus sensibles, mais rassurez-vous: cela reste très acceptable. Par le passé, les disques de couleur avaient mauvaise réputation car il est plus difficile d’évaluer correctement leur état. Souvent, il s’agissait aussi d’éditions novelty pour lesquelles les labels faisaient un peu moins attention au contrôle qualité. Avec un soin apporté équivalent, la différence sera assez faible donc faites vous plaisir avec l’édition marbled du dernier album de Beyoncé !
Pour les anglophones, Discogs a publié un article intéressant à ce sujet: à lire ici.
03 – Les vinyles 180g sonnent mieux que les vinyles standards
FAUX. Le 180g est un argument marketing. Plus de matière ne veut pas dire des sillons plus profonds ou mieux pressés. Il y a assez peu d’arguments objectifs pour défendre le 180g: une meilleure résistance à la casse et au voilage des disques ? Leur poids assure peut-être aussi un peu plus de stabilité (et donc moins de feedback/rumble) sur la platine. Cela reste anecdotique et ne justifie pas un prix premium en tout cas.
04 – Le vinyle est un hobby cher
VRAI ET FAUX. Tous les hobbies sont chers non ? Une station d’écoute nécessite un certain budget (je le situe dans les 700€) mais il est possible d’acheter les éléments au fur et à mesure. Sur les disques neufs, les prix actuels sont parfois dingues (35, 40, 50€ !) mais ce n’est pas une règle universelle. Certains labels pratiquent encore des prix accessibles (autour de 20€) tandis que l’offre d’occasion est pléthorique et démarre à des prix très abordables. Avec un billet de 10€ il y a déjà de quoi s’acheter de très bons albums ! Comme pour de nombreux autres hobbies, je recommande de ne pas faire l’économie sur certains postes, notamment la platine. En réalité il est potentiellement plus économique d’acheter une platine à 250€ et la garder dix ou vingt ans, plutôt qu’en acheter une à 100€ de moins mais qu’il faudra changer quelques années plus tard. Le vinyle est en tout cas un hobby que l’on peut aborder de manière très différente et individuelle, je pense que c’est aussi toute la beauté et la richesse de ce support.
05 – Les vinyles s’usent vite
FAUX. Les vinyles s’usent oui, à l’inverse d’un CD, mais pas spécialement vite. Chaque écoute a de très très modestes répercussions. Avec une platine de qualité et une cellule en bon état, l’usure sera très minime et garantira une écoute satisfaisante pendant des années. Les cellules des platines valises style Crosley, en céramique, vont user plus vite vos vinyles que des cellules classiques. Bon point pour l’AT LP60 : elle a a une cellule à aimant mobile et ne pas abîmer vos précieux vinyles. Il est aussi important d’entretenir ses disques: un coup de brosse de temps en temps, on ne met pas les doigts tous gras sur les sillons etc. Si on est un peu précautionneux (pas besoin d’être maniaque), vos vinyles vous apporteront joie de nombreuses années ! Je recommande aussi des pochettes plastiques (jamais en PVC bien sûr) pour éviter le ringwear (l’usure du carton lié au frottement).

06 – Un premier pressage sonne mieux qu’une réédition.
PLUTÔT FAUX. De quel premier pressage parle-t-on déjà ? Du premier pressage dans le pays d’origine de du groupe ? Du premier pressage dans notre pays ? Aux Etats-Unis ? En Angleterre ? On peut reconnaître qu’un vinyle d’époque, du pays d’origine du groupe est au plus près des intentions et de la manière dont on a été perçu un album. Pour autant avec les technologies modernes, il est possible d’aller parfois plus loin. Un premier pressage ne sonne pas mieux qu’une réédition, en tout cas pas systématiquement, loin de là même ! Les questions sont toujours les mêmes: qualité de la source pour le pressage (bande master de première génération ? transfert numérique HD ? rip de vinyle ?), le mastering appliqué au vinyle, le contrôle qualité du pressage en question et enfin état du disque concerné (le grading).
07 – Ma collection de vinyles va prendre de la valeur.
FAUX. Quelques disques vont peut-être prendre de la valeur car ils resteront recherchés. D’autres, à l’inverse, vont perdre de la valeur. L’un dans l’autre, il ne faut pas collectionner les disques en espérant faire un marge. Les scalpeurs qui espèrent une sneakerisation du vinyle en seront de leur poche ! Il faut acheter des disques pour le plaisir de la musique et de la collection !
08 – Un vinyle d’occasion va moins bien sonner qu’une réédition neuve.
PLUTÔT FAUX. Les vinyles neufs peuvent être sujets à des problèmes qualités. De surcroît, le mastering et la qualité de la source ont aussi des conséquences. À l’inverse, un vinyle d’occasion bien entretenu, évalué justement (grading) et avec une bonne source, pourra très bien sonner. Il n’y a en fait pas de règles si ce n’est celle de vos oreilles et votre porte-monnaie. Ce n’est pas toujours le plus cher ou le plus snob qui sonnera le mieux ! Si vous cherchez des classiques pour lesquels il existe de très nombreuses versions, il y a parfois des commentaires pertinents sur Discogs pour savoir quelle version choisir !
09 – Le vinyle a un son plus chaud car il est analogique.
FAUX. Le vinyle a possiblement un son plus chaud car il a des limitations techniques qui l’empêche de parfaitement restitué les intentions du groupe, à travers le mixage. Si l’on est sincère, un CD est globalement plus fidèle à la source d’origine. En revanche, un vinyle aura peut-être une certaine musicalité grâce aux limites du support et du talent de l’ingénieur qui fait la lacque (c’est à dire la gravure originale du vinyle en studio de mastering). Par ailleurs, l’immense majorité des vinyles modernes n’est pas analogique. Il faut probablement remonter au début des années 80 pour avoir des vinyles entièrement analogiques sur l’ensemble du processus depuis la captation des instruments jusqu’au pressage du résultat final ou certaines références de Third Man Records ! Le son chaud est une notion subjective, elle peut s’entendre (dans les deux sens !) à travers les caractéristiques physiques. En revanche l’aspect analogique est largement surcoté et faux.
10 – Les vinyles modernes sont nuls.
FAUX. Il y a cette tendance chez les hobbyistes les plus âgés à jeter le bébé avec l’eau du bain quand il s’agit de vinyles modernes. Au delà des problèmes (réels) de contrôle qualité, il s’agit souvent d’une appréciation subjective, liée à la musique et à l’esthétique plutôt qu’à des données objectives et mesurables. Les vinyles modernes ne sont pas plus nuls que les anciens. D’une part, il y a toujours des gens sérieux qui font de belles lacques et mastering dédiés. D’autre part, on a aussi tendance à idéaliser le passé pourtant pas avare en innovations stupides. Dès les années 50, une partie de la production vinyle américaine était en réalité faite en styrène, en particulier les 45 tours. Neuf, la différence est très faible avec le vinyle mais le support s’use prématurément et est beaucoup plus sujet au bruit de fond ! En France dans les années 70, avec la crise du pétrole, on recycle aussi les invendus (ils sont refondus et réintégrer à la matière première) ce qui induit de petites impuretés dans les vinyles neufs. Bref, encore une fois, il n’y a pas de règles si ce n’est celle des oreilles !








