Récemment sur Twitter/X je lisais une réflexion, d’un Etatsunien évidemment, sur le fait que le vinyle fut à un moment donné considéré comme mort mais était revenu en force. Cela m’a donné envie d’écrire sur le sujet et plus généralement sur la vie (et la mort) des formats physiques. À travers ce texte, cherchons à comprendre pourquoi certains formats physiques arrivent à survivre quand d’autres sont voués à l’extinction !
le contexte
Voici donc le propos exact de l’auteur (à retrouver ici):
Vinyl was one considered dead, like DEAD. Physical media will never die and studios better start realizing that.
Une traduction: le vinyle fut à un moment donné considéré comme mort, vraiment mort. Les formats physiques ne vont jamais mourir et les studios feraient mieux de le réaliser le plus vite possible.

Si je résume l’argumentation: il faut maintenir les formats physiques, car à l’exemple du vinyle, ils peuvent revenir en force et avoir de nouveau du succès.
Est-ce que le vinyle a complètement disparu ?
Le premier écueil de cette argumentation repose dans la supposée mort du vinyle. Oui le vinyle a connu un sérieux creux dans les années 90/00s, suite à l’adoption du CD, mais n’a pas pour autant disparu complètement. L’intérêt autour du support a été maintenu grâce à la musique underground: en 2006, il ne se vendait plus qu’un million de vinyles aux Etats-Unis (contre 46 millions aujourd’hui !).
Que ce soit les DJs de musique électronique, rap/r&B et les rockeurs indépendants: il y avait encore un (petit) public pour le vinyle dans ces deux décennies. Selon moi, ce maintien est dû à deux raisons en particulier: pratique pour mixer et pas cher à produire.
Pour les disc-jockeys, il a fallu attendre tard pour que le numérique supplante le vinyle. Les platines CDs ont eu leur public mais c’est réellement avec le passage au mp3 (Traktor de Native Instruments et les clefs USB sur les Pioneer CDJ) que le vinyle a perdu beaucoup de terrain dans ce domaine. Si la bascule se fait progressivement, c’est surtout à partir de la fin des années 2000 et début 2010 que le vinyle est définitivement abandonné par les professionnels.
Dans le domaine du rock indépendant, le vinyle 45 tours a longtemps été un support très apprécié. Pas cher à produire, il permettait à des petits groupes d’avoir quelque chose à vendre et sur lequel communiquer sans devoir investir une somme aussi importante que pour un album complet. Une grande partie de la culture indépendante dans le rock s’inscrit aussi dans un héritage plus lointain allant du punk en passant par le garage-rock, des genres très friands du vinyle (et notamment du 45 tours).
Mon expérience personnelle est d’ailleurs tout à fait en accord avec ces phénomènes. J’ai acheté mes premiers CDs à la toute fin de 1998 et mes premiers vinyles en 2001. Depuis 25 ans, je n’ai jamais arrêté d’acheter des vinyles neufs. S’il y a eu un creux et une disparition dans le mainstream, le vinyle a toujours été le support des musiques underground (presque moins maintenant !). Des vinyles neufs, et donc des disquaires: quand j’ai commencé à acheter des vinyles neufs, il y avait probablement plus de disquaires à Paris qu’il y en a désormais. Plutôt paradoxal non ?
Autre élément de réflexion à porter à votre attention: si le vinyle a baissé drastiquement dans les chiffres, il a gardé une image flatteuse à travers les médias, notamment la publicité ou le cinéma. On voit par exemple des vinyles dans Empire Records (1995), Ghost World (2001), High Fidelity (2000) ou encore 500 jours ensemble (2009) ! Le passionné de musique a toujours été représenté avec des vinyles dans l’imaginaire collectif, même pendant sa période moins exposée.

Les formats physiques meurent pour certains
Si le vinyle a survécu et est revenu en force c’est grâce au maintien des infrastructures comme les disquaires ou les usines de pressage. Plus que mort clinique, le support était au pire, dans le coma: le corps a continué de fonctionner pendant la période creuse !
D’autres supports n’ont pas cette chance et ne vont pas réapparaître. La VHS, le betamax ou le laserdisc n’ont qu’un intérêt novelty. On peut s’amuser à en produire pour le fun et le côté absurde mais il n’y a pas de débouchés ni d’intérêt à continuer d’en produire à un niveau industriel.
Dans la musique il existe aussi des supports abandonnés et qui ne reviendront pas: les cartouches 8 tracks, le DAT (qui était un support de référence pour les studios), le mini-disc, voire même les cassettes audio dont le revival me semble personnellement très artificiel (environ 500 000 ventes aux Etats-Unis l’année dernière) et pas voué à devenir un phénomène de plus grande ampleur.
En informatique, qui aurait intérêt aussi à relancer les disquettes ou les ZIP ? Oui certains formats physiques disparaissent définitivement car ils ne sont plus en phase avec l’époque et ne possèdent plus les qualités spécifiques leur donnant une utilité à long terme.
Les supports physiques amenés à durer
Si je suis sceptique pour la cassette audio, d’autres supports physiques me semblent avoir plus à proposer à long terme.
D’abord, le vinyle devrait encore avoir quelques belles années devant lui. Certes je pense que la situation actuelle (prix élevé, problème qualité, disparition des disquaires) est inquiétante pour l’avenir mais son adoption par une nouvelle génération rend sa disparition peu probable. Mieux, je pense que si les prix baissent, le public underground sera ravi de retourner à ce format !
Je ne suis peut-être pas dans l’opinion majoritaire mais pour moi le CD a des atouts pour continuer d’exister ! Il y a eu déjà pas mal d’articles sur un éventuel revival mais les ventes, elles, continuent à baisser. Elles représentaient tout de même presque 30 millions d’unités aux Etats Unis en 2025, mais avec un recul d’une dizaine de pourcent. Alors pourquoi ce décalage ? Je pense qu’une partie des acheteurs historiques en achètent moins et que les nouveaux adeptes se procurent surtout des cds d’occasion. Reste que le CD a, selon moi, de vrais qualités pour être la meilleure alternative au vinyle: moins cher à produire, meilleur son (pas désolé de cette affirmation), stabilité dans le temps et sa qualité d’archivage.
Côté cinéma, je pense que le Blu-ray est le meilleur format mais le DVD se maintient d’une manière surprenante. Je ne vois pas à terme de disparition du second. Pourquoi le DVD résiste si bien malgré son évidente infériorité ? Pour moi cela tient à deux raisons: le prix et le catalogue. Les DVD ne sont pas chers et très disponibles d’occasion, ils offrent une excellente entrée en matière pour des gens souhaitant revenir au physique sans beaucoup investir. L’autre argument est peut-être un peu plus intéressant encore: le catalogue du DVD est de loin le meilleur, même versus les plateformes de streaming. Avec sa longue durée de vie et son public important, le DVD a été une aubaine pour de nombreux éditeurs qui ont largement alimenté le marché dans ce support. Avec la baisse du public pour les formats physiques vidéo, le Blu-ray n’a pas été aussi bien exploité jusqu’ici et il manque encore de nombreux titres dans ce support.
Un exemple récent dans l’actu
Après avoir écrit cet article, mon frangin m’a envoyé ce papier sur The Guardian (publié le 16 mars 2026): « Like a DVD in the present tense’: are we ready for film distribution via USB drives?« . Je trouve cet exemple assez fascinant et complètement dans le thème que je souhaitais développer ici.
Pour moi, cette idée est presque vouée à l’échec. Disons que cela peut intéresser des gens souhaitant soutenir une démarche indépendante, mais il y a aucune réflexion sérieuse sur les qualités du support et la possibilité que ce soit viable pour les utilisateurs. De ce fait, comme les clefs USB apple des Beatles (objet fort amusant), on est dans le novelty et pas dans l’innovation intéressante !
Je ne pense pas qu’une clef usb soit plus pratique à l’usage qu’un DVD/Blu-ray. Certes ces derniers nécessitent un lecteur. Cependant le coût est minime et ensuite c’est très simple d’usage et peut s’apprécier sur une télévision. Là ça nécessite un ordinateur, donc si on veut en profiter sur téléviseur, il faut le brancher et ensuite lancer le fichier. C’est moins fluide selon moi. Après j’entends que des gens puissent avoir envie d’acheter cela pour soutenir une démarche mais cela n’a aucune chance de devenir un format plus généralisée.
Pourquoi le vinyle et d’autres supports ont survécu ?
Le vinyle n’est pas complètement mort car il avait des qualités spécifiques que les autres supports concurrents n’avaient pas réussi à reproduire. Pour moi c’est la clef de la survie dans le temps d’un format: ses qualités singulières par rapport aux technologies concurrentes.
Je trouve qu’à ce titre le revival cassette offre un exemple intéressant et nuancé. Je reste sceptique sur son retour car ce support n’est meilleur nulle part contre le cd et le vinyle. Il n’a pas un meilleur son, n’est pas moins cher à produire, l’artwork est plus petit que sur un vinyle etc. Son seul argument est peut être esthétique, car il rappelle les années 80/90.
Et vous, quelles sont vos prévisions ? Quels supports continuez-vous d’acheter ?







